Deux ans après l’explosion du dépôt de carburant qui a secoué Kaloum et mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures stratégiques du pays, l’heure est au bilan. Ce mercredi 11 février, la délégation de l’Union européenne (UE) a rencontré la direction générale du Port autonome de Conakry (PAC) pour évaluer l’appui technique accordé à la suite de la catastrophe et tracer les nouvelles perspectives de coopération.
Au cœur des échanges : le renforcement des capacités en gestion de crise, devenu une priorité absolue après le drame de 2023.
Le directeur général du Port autonome de Conakry, Mamadou Biro Diallo, est revenu sur le contexte de cette collaboration.
« On a beaucoup échangé depuis qu’il y a eu l’explosion du dépôt chez nous, l’évènement malheureux, vous vous souviendrez. L’appui qu’ils nous ont donné a renforcé la capacité chez nous dans la gestion de crise. Parce que durant cet évènement malheureux qui est arrivé en Guinée, on a quand même réalisé qu’on était très exposé en termes de formation, de compréhension et de gestion de crise. Donc, quand le cas a été soulevé à plusieurs reprises, l’Union européenne est venue au-devant pour nous proposer des assistances de formation. Donc c’est plus cela : on a développé beaucoup de manuels de gestion de crise, on a eu un plan de gestion, on a fait la cartographie des incidents qui peuvent surgir dans l’enceinte du port et mis des mesures sur place, comment remédier ou réagir à ces incidences », a-t-il expliqué.

Grâce à cet accompagnement, le Port s’est doté d’outils structurants : élaboration de manuels de procédures, mise en place d’un plan de gestion de crise et réalisation d’une cartographie détaillée des risques. Objectif : anticiper les incidents potentiels dans l’enceinte portuaire et définir des mécanismes de réponse adaptés.
Le programme touche désormais à sa phase finale. « Nous avons presque achevé ce programme cette année. La délégation est venue pour le clôturer, évaluer son efficacité, voir ce qui a fonctionné et identifier les actions à engager pour les années suivantes », a ajouté le Directeur général du port.
Il annonce également la préparation du programme 2026, avec l’ambition d’intégrer pleinement le Port autonome de Conakry dans la prochaine phase afin de poursuivre la formation des cadres et consolider les acquis.

Du côté européen, la mission s’inscrit dans le cadre du projet EnMAR (Enhanced MARitime Action in the Gulf of Guinea), dédié au renforcement des capacités portuaires en Afrique de l’Ouest.
Anne-Catherine Claude, cheffe d’équipe régionale de l’Instrument de politique étrangère (FPI) à la délégation de l’UE au Sénégal, a expliqué la portée de cette visite :
« L’objectif de notre visite aujourd’hui, c’était de rencontrer les autorités du port, à commencer par le DG et son équipe, pour voir ce qui a été mis en place dans le cadre du soutien de l’Union européenne à la gestion de crise au port de Conakry, à travers un projet qui s’appelle EnMAR, qui vise à renforcer les capacités portuaires des ports d’Afrique de l’Ouest. Donc, pour nous, nous sommes en mission à Conakry et c’était vraiment l’occasion d’échanger avec le DG et son équipe sur ce qui a été fait, les résultats atteints et aussi de voir les perspectives de collaboration future », a-t-elle souligné.
Pour la responsable européenne, cette coopération traduit un engagement clair aux côtés des autorités guinéennes dans la sécurisation d’infrastructures névralgiques.
« Dans le cadre de l’appui que nous avons pu faire grâce à l’expertise avec Expertise France, la mise en place de manuels de procédures sur la gestion de crise, la cartographie des risques et de montrer aussi la présence de l’Union européenne aux côtés des autorités guinéennes pour des infrastructures stratégiques telles que le port, on sait aujourd’hui que la sécurité et la sûreté des ports sont des points très importants aussi, vecteurs de développement économique et d’échanges commerciaux dans la sous-région », a-t-elle indiqué.
Puis d’ajouter : « Alors la seconde étape, c’est que nous avons des discussions actuellement en cours avec notre siège, qui est basé à Bruxelles, pour voir dans quelle mesure une suite peut être envisagée au programme et quels pourraient être les appuis supplémentaires à amener en termes d’expertise, mais voir aussi quelles seraient les pistes d’action potentielles ».
Cette rencontre marque une étape clé dans la consolidation de la résilience du Port autonome de Conakry. Poumon économique du pays et carrefour des échanges sous-régionaux, le port entend désormais faire de la gestion des risques un pilier central de sa gouvernance.

Deux ans après l’explosion de Kaloum, la coopération entre l’Union européenne et le Port de Conakry illustre ainsi une volonté commune : transformer une tragédie en levier de modernisation et de sécurisation durable.
Aminata Camara


