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BEN YOUSSOUF KEÏTA : « 3 ans, ce n’est pas de la mer à boire »

Jusqu’à tout récemment, il était membre actif de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) dont il a d’ailleurs été un des députés au compte de la 8ème législature. Mais désormais, Ben Youssouf Keïta a rompu les amarres. A la tête du parti Alliance pour le changement et le progrès (ACP), il donne dans cet entretien qu’il a accordé à la rédaction de Ledjely.com, sa lecture de l’actualité politique du pays.

Après plusieurs années de collaboration avec Cellou Dalein Diallo vous avez décidé de créer votre propre formation politique. Certains y ont voient le signe d’une divergence avec le président de l’UFDG ?  

Il n’y a eu aucune divergence, ni personnelle, ni politique entre Elhadj Cellou Dalein et moi où entre l’UFDG et moi. Comme vous savez, la vie politique comme la vie d’un être humain, n’est pas statique, elle est évolutive, elle est dynamique. J’ai eu 15 ans d’expérience syndicale de 1987 à 2002. J’ai été secrétaire général du syndicat des travailleurs de la puissante société diamantifère de Guinée qui avait plus de 5000 personnes, j’étais en même temps médecin chef à l’hôpital AREDOR. De 2002 à 2007, j’ai été président d’une ONG qu’on appelle ARAPMA. De 2007 à 2022, j’ai été effectivement au côté d’un homme politique qui s’appelle Cellou Dalein Diallo dans le parti UFDG où j’ai même été pendant 6 ans président de la commission santé de l’Assemblée nationale, en tant que député. Alors, je me suis dit qu’avec mon âge et cette expérience que j’ai eue, il est temps d’avoir l’ambition personnelle d’être président de la République de Guinée. Dès lors que j’ai eu le déclic qui est arrivé après le coup d’Etat du 05 septembre 2021, après tant de réflexion, j’ai décidé alors de prendre mon destin en main…Mes relations avec Elhadj Cellou Dalein Diallo sont amicales, nous avons des divergences politiques parce que j’ai décidé de prendre mon chemin.

En tant que leader politique, pourquoi les Guinéens devraient-ils vous faire confiance ?

L’avantage que j’ai, c’est que d’abord je parle les langues de chaque région (maninka, soussou, poular, kissien) et surtout j’ai les mains propres. Je n’ai jamais géré et en plus j’ai la volonté, j’ai la conviction. Tout ceci fait que je crois à mon étoile. Avec la connaissance du pays, je suis à même aujourd’hui de diriger la Guinée et de faire de la Guinée le paradis terrestre de l’Afrique.

L’actualité en Guinée reste dominée par la durée de la transition de 36 mois adoptée par le CNT. Quel est votre avis là-dessus ?

Lorsque le CMRN est venu, avec le général Lansana Conté à sa tête, il a fait 24 ans. Parce que le général Conté n’avait jamais dit combien de temps lui et ses camarades voulaient faire. Après la mort du Général Lansana Conté, la deuxième transition, le capitaine Moussa Dadis Camara est venu. Il n’a pas dit qu’il ferait tel nombre d’années. Nous étions dans le flou. La transition de Dadis terminée par l’arrivée d’Alpha Condé grâce à Sékouba Konaté, qui lui a respecté la parole donnée qui a été conclue à Ouagadougou. Nous avons donc cette expérience, mais une expérience douloureuse. Nous sommes donc à nouveau dans une transition qui arrive à la suite d’une période chaotique où il y a eu beaucoup de morts. Plus de 200 morts de 2010 à 2020. Au sein des Forces vives dont nous faisions partie avec le FNDC, certains avaient même imploré l’intervention de l’armée. Et l’armée est intervenue pour mettre fin à ce chaos, le 05 septembre 2021. Cette armée n’a même pas un an encore et elle a déclaré qu’elle va faire 36 mois soit 3 ans. Moi je crois que ce n’est pas là de la mer à boire. Surtout que malgré nous, nous avions déjà accepté à contre cœur le 3ème mandat accouché au forceps dont le terme était en 2026, soit 72 mois. Si les autres viennent avec un chronogramme détaillé, sachant d’où nous sommes venus et ils disent qu’ils veulent faire 3 ans, moi je suis personnellement d’accord avec eux et mon parti est sur la même ligne que moi.

Vous avez suivi la conférence de presse conjointe du colonel Amara Camara et d’Ousmane Gaoual Diallo qui ont répondu à Kassi Brou qui a récemment flétri les transitions longues. Comment trouvez-vous leur sortie ?

Ce n’est pas de gaieté de cœur en tant que patriote que nous assistons à ces bisbilles entre notre nation et les autres pays de la CEDEAO. Parce que la Guinée a été un pays fondateur de la CEDEAO. Nous avons souscrit aux principes de la CEDEAO, ce qui signifie que nous devons respecter la CEDEAO. (Toutefois), nous ne pouvons pas être esclave. Il faudrait bien que notre dignité soit respectée et que l’intérêt supérieur de la nation guinéenne soit au-dessus de tout autre intérêt. Quand la durée de 36 mois a été annoncée, le peuple n’est pas sorti dans la rue pour dire non. C’est nous, au niveau des politiques, qui disons que nous n’en voulons pas. Mais sommes-nous supérieurs au peuple ? N’est-ce pas la même CEDEAO qui était là quand il y a eu le tripatouillage de la constitution de 2010 ? Lorsqu’il y a eu des morts quand le peuple a contesté le troisième mandat ?  N’est-ce pas à elle qu’on adressait nos alertes et dont on implorait l’intervention, en vain ? Un coup d’Etat est égal à un coup d’Etat. Vu qu’ils n’avaient pas réagi à l’époque, je pense qu’ils ne doivent pas mettre la pression sur le CNRD qui est venu sauver le peuple. Ils doivent mettre de l’eau dans leur vin.

Autour de cette durée, on sent la tension monter. D’une part, les partis politiques qui la contestent veulent manifester. De l’autre, le CNRD interdit les manifestations. Selon vous, que faire pour aplanir les divergences ?

Il faudrait que nous regardions d’abord dans le rétroviseur, que nous sachions d’où nous sommes venus. Rappelons-nous surtout les années 2020 et 2021, dans le sillage du changement de la constitution. Nous avons enregistré beaucoup de morts. Des jeunes à la fleur de l’âge tant à Conakry qu’à l’intérieur. Nous avons près de 200 jeunes qui sont enterrés à Bambéto, nous avons des jeunes qui sont dans des fausses communes à N’zérékoré. C’est tout ce qui a amené ce coup d’Etat. Ce coup d’Etat avait été souhaité par beaucoup de ceux qui, aujourd’hui, disent qu’il faut encore descendre dans la rue. Je demande à mes collègues politiques de se ressaisir. Trois ans, ce ne sont pas 30 ans. Qu’ils prennent en compte la souffrance de nos jeunes. A chaque fois qu’il y a marche, il y a des conséquences non souhaitées. Pour le moment, qu’ils observent d’abord le CNRD et qu’ils se rappellent toujours ce dont celui-ci nous a débarrassé.  En tout cas, pour ma part, cet appel à descendre dans la rue, je ne le supporte pas. Je suis ouvertement contre. Je demande au CNRD de continuer à tendre la main, il faut qu’il y ait un dialogue inclusif.

Le CNRD suspend les opérations de déguerpissement. Quelle est votre appréciation ?

Une sage décision, parce qu’il ne faut jamais se réjouir du malheur de son prochain. Ces maisons qui sont détruites, quelle que soit la manière dont les terrains ont été acquis, c’est à la sueur du front de ceux qui les ont construites. C’est de l’argent qu’ils ont investi pour les construire. Je pense que même si nous devons les sortir de là, il faut les dédommager ou leur trouver un autre lieu de recasement. Par contre, je suis d’accord pour l’élargissement des routes. Il faut libérer les emprises de la route.

Les membres du gouvernement sont à l’intérieur du pays pour une durée d’un mois. Certains y voient du populisme. Est-ce votre avis ?

Je pense que ces militaires ne sont pas là pour du populisme. Vous savez, il y a eu beaucoup d’argent débloqué sous Alpha Condé pour faire des routes, pour faire des hôpitaux. Mais on a vu que ça n’a rien donné. Cette sortie va permettre également au gouvernement de suivre les travaux engagés dans les villes de l’intérieur. C’est une très bonne chose.

Alpha Condé a été autorisé par le CNRD, une nouvelle fois, à aller à l’étranger pour des soins. Faut-il craindre que celui-ci en profite pour se soustraire à la justice ?

Je suis d’accord de laisser Alpha Condé partir se soigner. Même s’il doit répondre pour des crimes de sang ou des crimes économiques, s’il n’est pas en bonne santé, il ne pourra pas le faire.

Interview réalisée par N’Famoussa Siby

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