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Edito : Trump II, l’Afrique et le pire

De la part de celui qui, durant son premier mandat à la tête de la première puissance mondiale, avait assimilé les Etats africains à des « pays de merde », on n’attendait, il est vrai, pas grand-chose. En tout cas, rien de fondamentalement bon. Donald Trump semblait alors ne manifester aucun intérêt pour l’Afrique. De ce point de vue, la première année de son retour à la Maison-Blanche surprend quelque peu. Car cette fois, il témoigne bel et bien d’un intérêt pour le continent. Mais un intérêt qui rime avec accaparement des richesses naturelles, restrictions de visas, exacerbation des clivages, suspension de l’aide publique américaine, condescendance et mépris… Bref, si avec son premier mandat, l’Afrique croyait avoir touché le fond, c’est le pire que lui promet cette première année de Trump II dans le Bureau ovale.

Les droits de douane constituent à la fois la mesure phare et l’arme favorite que Donald Trump a utilisée durant les douze premiers mois de son second mandat. Mais ils ne seront pas ici au cœur de ce bilan africain. Les exportations du continent vers les États-Unis demeurant relativement marginales, leur impact direct reste limité. Ce n’est pas pour autant que le président américain s’est désintéressé de l’Afrique depuis son installation, en janvier 2025. Sa décision de suspendre l’USAID, prise dès les premiers jours de son retour au pouvoir et qui ne visait pas spécifiquement l’Afrique, a néanmoins frappé le continent de plein fouet. De nombreux projets, notamment dans le domaine sanitaire, dépendaient de ces financements. Ils se sont retrouvés brutalement à l’arrêt, entraînant pertes d’emplois et interruption de programmes vitaux, au grand dam de millions de patients. Et au-delà de l’USAID, le retrait annoncé des Etats-Unis de plusieurs autres organismes et mécanismes internationaux a privé de nombreux pays africains d’un appui crucial.

La politique migratoire, plus radicale encore que lors du premier mandat, n’est pas non plus sans conséquences. Suspension de la délivrance de visas, instauration de cautions financières dissuasives, climat de peur entretenu par les rafles de l’ICE : c’est un véritable traumatisme que le 47ᵉ président américain fait vivre à des millions d’Africains, sur le continent comme au sein de la diaspora. A ce choc psychologique s’ajoute un manque à gagner économique considérable, lié à la limitation des mobilités, des études, des échanges et des transferts.

Parallèlement, l’administration Trump affiche un appétit plus marqué pour les matières premières africaines, à la fois pour les profits que les entreprises américaines espèrent en tirer et pour contrer l’influence grandissante de la Chine, perçue comme la seule menace sérieuse à l’hégémonie américaine. Cet intérêt pour le sous-sol africain s’est notamment illustré dans la région des Grands Lacs. L’implication de Washington dans les discussions autour du conflit dans l’est de la RDC a à cet effet été matérialisée par l’accord signé en novembre dernier par les présidents Tshisekedi et Kagamé. Un accord néanmoins assorti de clauses ouvrant la voie à un accès privilégié des Etats-Unis aux ressources stratégiques de cette zone.

Donald Trump n’hésite pas non plus à raviver certaines braises encore fumantes sur le continent. En Afrique du Sud, il a relayé des allégations infondées de « génocide anti-Blancs ». Au Nigeria, il a récemment accusé l’Etat de complaisance face à un terrorisme islamiste qu’il a présenté comme exclusivement dirigé contre les chrétiens, au risque d’exacerber des tensions déjà complexes.

Pourtant, au-delà de ces actes, c’est surtout la réaction – ou plutôt la non-réaction – qui inquiète. Le silence des dirigeants africains, qui semblent vivre le phénomène Trump comme une fatalité, peut à la rigueur s’expliquer par la prudence diplomatique, quand on observe les précautions prises par d’autres grandes puissances pour ménager le président américain. Mais le mutisme des intellectuels, de la société civile et, plus largement, de l’opinion publique, a quelque chose de profondément troublant. Ce déficit d’indignation chez les uns et de réflexion stratégique chez les autres renvoie l’image d’un continent résigné, presque aplati, loin de l’élan souverainiste et critique que l’on voyait pourtant s’affirmer ces dernières années, notamment vis-à-vis de la France. Face à Trump II, l’Afrique semble avoir manifestement perdu sa voix. A moins que ce ne soit là la marque d’un souverainisme à géométrie variable, une sorte d’indignation sélective qu’on pourtant tendance à dénoncer chez les autres.

Boubacar Sanso Barry

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