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Sahara occidental : Trump peut-il imposer la solution marocaine ?

Le président américain est-il en parti pour « finir le job » ? Celui dont l’administration avait fait franchir à la crise du Sahara occidental une étape décisive, en décembre 2020, en adoubant la proposition marocaine d’autonomie, semble vouloir consolider cet héritage diplomatique. A l’époque, cette reconnaissance avait été perçue comme la contrepartie de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Mais elle a surtout ouvert un sillon dans lequel se sont engouffrés depuis plusieurs acteurs de la communauté internationale, dont l’Espagne et la France. Et depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump paraît animé par la volonté de donner davantage de consistance à cette ébauche de solution. Pour des raisons à la fois géostratégiques, économiques et sécuritaires, son administration travaillerait à favoriser une désescalade durable du conflit saharien, à défaut d’une entente franche entre le Maroc et l’Algérie, jugée indispensable aux intérêts américains dans la région. C’est dans cette logique qu’a été organisée, ce dimanche 8 février, à l’ambassade des Etats-Unis à Madrid, une rencontre inédite réunissant les principaux protagonistes du dossier, y compris le Maroc et l’Algérie.

Lorsque, en octobre dernier, sous l’impulsion de Washington, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2797, entérinant la proposition marocaine d’autonomie comme base de tout processus de règlement, nombre d’observateurs avaient estimé que cette posture reléguait de facto l’option du référendum d’autodétermination et fermait la porte à toute discussion avec Alger. De ce point de vue, la réunion tenue ce dimanche entre représentants du Maroc, de l’Algérie, du Front Polisario et de la Mauritanie peut déjà être considérée comme un succès diplomatique pour l’administration Trump. Certes, les contours précis du plan américain demeurent encore largement inconnus.

Il est toutefois établi que Donald Trump entend tirer parti du cinquantième anniversaire de la Marche verte, considérée comme l’un des points de départ du conflit, pour tenter d’esquisser une sorte de gentlemen agreement autour du Sahara occidental. Fidèle à sa méthode, l’intérêt du président américain pour la résolution de ce dossier reste étroitement lié à des considérations stratégiques et économiques. Le Sahara occidental est en effet réputé pour ses eaux poissonneuses et ses importantes ressources, notamment en phosphates, en hydrocarbures et en minerais stratégiques. Mais l’ambition de Trump dépasse largement ce territoire, pour englober l’ensemble de la bande sahélienne, du Mali au Niger, riche en or, lithium et uranium.

Ainsi, l’initiative américaine s’inscrit dans une approche globale intégrant une offre sécuritaire à destination des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). L’objectif est double : contenir la menace djihadiste et enrayer l’influence croissante de puissances concurrentes telles que la Russie, la Chine ou encore la Turquie dans la région.

Pour y parvenir, Washington dispose de plusieurs leviers. A Rabat, les Etats-Unis pourraient contraindre à autonomie du Sahara occidental plus substantielle que celle initialement envisagée par le Royaume. Vis-à-vis d’Alger, la stratégie relèverait à la fois de l’incitation et de la contrainte. Dans un premier temps, il s’agirait de proposer à l’Algérie des investissements dans le secteur énergétique, des partenariats dans les technologies de pointe et une intégration accrue aux flux économiques transatlantiques. En contrepartie, Donald Trump pourrait formuler des exigences jugées non négociables : retrait du soutien au Front Polisario, démantèlement des camps de Tindouf et reconnaissance, même implicite, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Pour renforcer la pression, Washington n’exclurait pas de qualifier le Front Polisario « d’organisation terroriste », ouvrant la voie à des sanctions contre toute entité lui apportant un soutien, y compris des entreprises algériennes.

On le voit, la tâche que se fixe Donald Trump est loin d’être aisée. Mais le président américain dispose de moyens de pression suffisants pour contraindre les parties, sinon à adhérer pleinement à sa vision, du moins à éviter un refus frontal. Un éventuel accord viendrait ainsi grossir la liste des conflits que le dirigeant américain, qui se veut faiseur de paix, prétend avoir contribué à résoudre. Quitte, au passage, à surtout baliser le terrain pour les intérêts stratégiques des Etats-Unis. Ce qu’on aurait, après tout, bien du mal à lui reprocher.

Boubacar Sanso Barry

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