ledjely
Accueil » Niamey : une attaque embarrassante pour Tiani
A la une

Niamey : une attaque embarrassante pour Tiani

Au Niger, la crise sécuritaire ne se résorbe pas. C’est même le moins qu’on puisse dire. En cela, l’attaque dont l’aéroport de Niamey, dans la capitale du pays, a de nouveau été la cible ce jeudi 18 juin est une sinistre illustration. Dans la nuit du 28 au 29 janvier dernier, ce sont les combattants de l’État islamique qui étaient à la manœuvre. Cette fois, la revendication est venue du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Deux groupes terroristes en principe rivaux, mais qui semblent manifestement poursuivre un même objectif au sujet de l’aéroport de Niamey : s’emparer de la Base aérienne 101, qui le jouxte. Deux groupes qui paraissent par ailleurs avoir une faible estime du niveau de résistance que les forces de sécurité et de défense nigériennes peuvent leur opposer. Et il est vrai que la survenue même de cette nouvelle attaque, après celle de janvier 2026, révèle de graves lacunes dans le dispositif de riposte des autorités nigériennes. Car si l’offensive d’il y a cinq mois pouvait s’expliquer par l’effet de surprise, cette explication ne saurait prospérer pour cette seconde attaque.

Des dirigeants moins loquaces

En janvier dernier, une fois la sérénité revenue dans la zone de l’aéroport, le général Abdourahamane Tiani, à la tête de la junte, s’était précipité devant micros et caméras — non pas pour admettre sa part de responsabilité dans cette attaque audacieuse, mais pour dénoncer trois sponsors présumés du terrorisme : ses homologues béninois, Patrice Talon, ivoirien, Alassane Ouattara, et français, Emmanuel Macron. Eh bien, cette fois, à qui la faute ? On notera que les dirigeants nigériens se montrent moins loquaces. On sent une certaine prudence, qui pourrait en réalité cacher un malaise, voire un véritable embarras. Cette fois, il est en effet difficile d’inventer un bouc émissaire. Quand, dans un pays en proie à des attaques djihadistes depuis une dizaine d’années, des assaillants poussent l’audace jusqu’à attaquer à deux reprises une cible aussi stratégique que l’aéroport, dans un contexte où ce sont des militaires qui sont aux commandes, même les soutiens les plus zélés ne sauraient avaler n’importe quelle excuse.

Des mesures inefficaces

Après janvier dernier, les autorités s’étaient dites en alerte. Elles promettaient une vigilance renforcée : les quartiers environnants avaient été en partie détruits, le mur d’enceinte de l’aéroport avait été rehaussé, et des caméras avaient été installées pour aider à détecter le moindre mouvement susceptible de menacer le site. Mais à l’arrivée, aucune de ces mesures ne s’est révélée efficace, très certainement parce que les assaillants disposaient d’informations leur permettant d’échapper à toute vigilance.

In fine, ce sont les résultats comptent

Reste que cette répétition pose une question essentielle : celle de la capacité réelle de la junte à protéger ce qu’elle prétend défendre depuis le coup d’Etat de juillet 2023. Arrivés au pouvoir en promettant de faire mieux que le régime civil déchu en matière de sécurité, les militaires nigériens n’auront réussi qu’une chose : généraliser une crise qui demeurait globalement circonscrite, sinon maîtrisée. Le narratif souverainiste, qui consistait à expliquer l’insécurité par l’ingérence étrangère et la mauvaise foi des partenaires occidentaux, semble aujourd’hui s’essouffler face à la réalité du terrain. On peut bien rompre avec la France, expulser ses militaires, se tourner vers la Russie et les mercenaires de l’Africa Corps : si la menace jihadiste continue de frapper au cœur même de la capitale, c’est bien le résultat qui finit par compter, et non le discours qui l’accompagne.

Pour les populations nigériennes, déjà éprouvées par des années d’instabilité, ces attaques répétées sur l’aéroport de Niamey ne sont pas qu’un symbole. Elles renvoient à une inquiétude plus large : si la capitale elle-même, dotée de moyens renforcés et sous étroite surveillance, demeure vulnérable, qu’en est-il du reste du territoire, en particulier des zones rurales et frontalières où l’Etat peine déjà à assurer une présence continue ? La question mérite d’être posée, et les autorités nigériennes auraient tout à gagner à y répondre avec davantage de transparence que de slogans.

Boubacar Sanso Barry

Articles Similaires

« Pas de gymnase de rechange, pas de handball » : la FEGUIHAND hausse le ton

LEDJELY.COM

France-Sénégal : Ousmane Sonko s’invite dans la composition des Bleus

LEDJELY.COM

Après les suspensions, le grand remaniement à Siguiri

LEDJELY.COM

Guinée : les propriétaires de forages bientôt soumis à une redevance

LEDJELY.COM

Kankan : démarrage timide et retards constatés dans plusieurs bureaux de vote

LEDJELY.COM

Sanoyah-Km 36 : démarrage timide du vote, les services de sécurité absents

LEDJELY.COM
Chargement....