À l’occasion de la Journée internationale de la photographie, célébrée ce mercredi 19 août 2026, le métier de photographe est au cœur des débats, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Si de nombreux citoyens se tournent désormais vers ces nouvelles technologies pour créer ou retoucher leurs images, au détriment parfois des professionnels, certains photographes estiment que l’IA ne constitue pas nécessairement une menace pour leur activité.
À Kankan, les photographes sont principalement visibles dans les studios, dans certains lieux de réjouissance ou encore aux abords de la Maison des jeunes Batomba. Ces espaces constituent pour plusieurs d’entre eux des points de travail, dans un contexte marqué par l’évolution rapide des technologies et l’essor de la photographie générée par l’intelligence artificielle.
Si cette évolution suscite des inquiétudes chez certains professionnels de l’image, Ahmed Sékou Nabé, journaliste reconverti dans la photographie, affiche une position plutôt sereine. Pour lui, l’IA peut même constituer un outil de comparaison et de réflexion sur le travail du photographe.
« Je ne pense pas que l’intelligence artificielle empiète réellement sur le métier de photographe, du moins pas sur le travail de terrain. Au contraire, je dirais que l’IA nous donne aujourd’hui un point de comparaison que nous n’avions pas auparavant. On peut désormais comparer ce que l’être humain est capable de créer avec sa propre sensibilité et sa créativité, à ce que l’on peut obtenir en quelques secondes avec un simple prompt », souligne-t-il.

Selon Ahmed Sékou Nabé, la photographie offre une dimension que l’intelligence artificielle ne peut pas encore reproduire : la présence physique sur le terrain et la capacité à saisir le réel dans son contexte.
« La photographie, ce n’est pas seulement produire une belle image. C’est être présent au bon endroit, au bon moment, savoir anticiper une action, capturer une émotion et raconter une histoire à travers une image. Lors d’un match de football, par exemple, l’IA ne peut pas être physiquement au bord du terrain pour suivre les joueurs et saisir leurs émotions. Dans un mariage, une cérémonie ou un événement institutionnel, il faut toujours un photographe sur place pour documenter ce qui se passe réellement », ajoute le photographe.
Alors que certains professionnels redoutent que l’IA réduise progressivement la demande de services photographiques, Ahmed Sékou Nabé estime que la profession dispose encore d’atouts importants, notamment grâce à son rapport direct avec la réalité.
À la question de savoir si la photographie est réellement menacée par l’intelligence artificielle en Guinée, le professionnel se veut catégorique : « Je pense donc que l’IA ne menace pas encore le métier de photographe. Elle peut être un outil complémentaire, notamment dans la création et la retouche, mais elle ne remplace pas la présence humaine, l’expérience, le regard et surtout la capacité du photographe à raconter le réel ».
Entre évolution technologique et maintien du savoir-faire humain, les photographes de Kankan sont ainsi confrontés à un nouveau défi : apprendre à composer avec l’intelligence artificielle sans perdre ce qui constitue l’essence même de leur métier, à savoir le regard, la présence et la capacité à immortaliser des moments réels.
Michel Yaradouno, depuis Kankan


