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Dar-es-Salam : après le drame, un jeune leader accuse l’État d’avoir ignoré les alertes

Alors que les opérations de déguerpissement des habitations situées autour de la décharge de Dar-es-Salam ont démarré ce lundi 24 août 2026, au lendemain du nouvel éboulement meurtrier, la polémique enfle sur la responsabilité des autorités. Si l’État affirme avoir pris des dispositions pour éloigner les riverains et prévenir les risques, Abou Hamza, jeune leader de Dar-es-Salam 2, conteste cette version et accuse les autorités d’avoir ignoré pendant plusieurs années les alertes des populations face à un danger qu’il estime pourtant connu et prévisible.

Pour lui, le drame était loin d’être imprévisible. Il rappelle qu’un éboulement similaire avait déjà endeuillé la zone en 2017 et affirme que, depuis plusieurs années, les populations riveraines n’ont cessé d’alerter les autorités sur les dangers liés à la décharge.

« Aujourd’hui, nous faisons face à cet éboulement qui était pourtant prévisible. Un drame similaire s’était déjà produit en 2017. Aujourd’hui, nous sommes le 23 août 2026, ce qui fait neuf ans, jour pour jour. La jeunesse de Dar-es-Salam a mené de nombreuses manifestations. Nous avons organisé des sit-in, dont j’étais le responsable, ainsi que des séances de lecture du Saint Coran. Nous avons tout fait pour éviter le drame d’aujourd’hui, mais cela n’a rien empêché », regrette-t-il.

Abou Hamza affirme que les autorités avaient été alertées à plusieurs reprises sur la situation de la décharge. Il évoque notamment une visite du Premier ministre sur le site, le 23 juillet 2025, au cours de laquelle des instructions auraient été données pour engager la fermeture de la décharge, en attendant sa délocalisation.

« Nous avions même invité le Premier ministre sur le terrain. Il était venu, avait étudié la situation et ordonné au département responsable de fermer la décharge avant de procéder à sa délocalisation. Mais le département concerné étudiait le terrain depuis un an. Le Premier ministre était venu le 23 juillet 2025 et nous avait promis une fermeture immédiate », explique-t-il.

Mais, selon le jeune leader, les activités auraient continué sur le site malgré cette annonce. Il affirme même que les opérations menées sur la décharge auraient contribué à rapprocher les déchets des habitations.

« Depuis lors, les travaux continuaient et ils ont poussé les ordures vers les concessions », affirme-t-il.

Abou Hamza revient également sur les heures ayant précédé le drame. Selon son témoignage, des engins étaient encore à l’œuvre dans la nuit précédant l’éboulement, en train de déplacer des déchets vers les habitations.

« Un événement s’est d’ailleurs produit hier soir, aux environs de 1 heure du matin. Des engins travaillaient en hauteur et un responsable a envoyé une délégation pour leur demander d’arrêter, car ils poussaient les ordures directement vers les habitations », relate-t-il.

Des accusations lourdes, qui conduisent le jeune leader à mettre directement en cause la responsabilité de l’État dans ce nouveau drame.

« Je peux dire que l’État est responsable de ce qui s’est passé aujourd’hui. Je ne vais pas me voiler la face : ils sont responsables. Ils sont venus constater le risque d’éboulement dès 2025. S’il y a ce drame aujourd’hui, c’est parce qu’ils n’ont pas pris les mesures nécessaires », accuse-t-il.

Pour Abou Hamza, le précédent drame aurait pourtant dû servir d’avertissement. Il rappelle qu’un premier éboulement avait déjà fait, selon lui, neuf morts dans la zone.

« Il y avait déjà eu un éboulement qui avait fait neuf morts par le passé. C’est depuis cette époque que des dispositions auraient dû être prises. Nous avons multiplié les alertes, notamment auprès des médias, comme vous êtes venus le faire. À chaque fois, ce ne sont que des promesses. Et aujourd’hui, nous comptons encore des morts. Quand est-ce que cela va s’arrêter ? », s’interroge-t-il.

Alors que les opérations de recherche et de secours se poursuivent, la colère monte chez les populations riveraines. Pour Abou Hamza, il n’est désormais plus question de simples promesses ou de mesures provisoires : une décision définitive s’impose.

« Aujourd’hui, la situation impose une solution définitive. Je ne pense pas que cette décharge puisse continuer à fonctionner ainsi. Nous en avons marre », conclut-il.

Au-delà du bilan humain encore en cours d’établissement, ce nouvel éboulement remet ainsi au premier plan la question de la responsabilité, de la prévention des risques et surtout de l’avenir de la décharge de Dar-es-Salam.

Le bilan provisoire du drame fait 30 morts et plusieurs blessés.

Aminata Camara

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