Depuis hier, et pour 72 heures, la ville japonaise de Yokohama accueille la neuvième édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD). Une rencontre organisée tous les trois ans et dont l’objectif affiché, aussi mensonger que prétentieux, serait de « développer l’Afrique ». Pourtant, parmi les invités figurent les présidents mauritanien, sud-africain, burundais, togolais et même sénégalais. Certains d’entre eux font partie de ceux que Donald Trump recevait récemment pour leur demander d’accueillir le trop-plein de migrants dont les États-Unis ne veulent pas. Plus tôt, en juillet dernier, Madrid accueillait à son tour la troisième édition du sommet Espagne-Afrique. Autant de rendez-vous qui rappellent les sommets Russie-Afrique, Chinafrique, Europe-Afrique, etc. Tous se ressemblent dans leur forme et convergent dans leurs objectifs : servir de tremplin à la conquête de l’Afrique. La seule anomalie dans cette histoire, c’est que le continent lui-même se prête à ce jeu.
L’Afrique et les Africains semblent être les seuls à ignorer leur véritable valeur. Comme à la veille de la colonisation, les puissances étrangères se bousculent et rivalisent d’ingéniosité pour mettre la main sur le continent. Et il n’y a pas que les anciennes métropoles coloniales dans cette foire d’empoigne. On y retrouve de nouvelles puissances ambitieuses, comme la Turquie, l’Inde ou la Chine, mais aussi des nations déclinantes qui espèrent s’appuyer sur l’Afrique pour retrouver une place perdue. C’est le cas de l’Espagne, qui barricade jalousement Ceuta et Melilla, tout en finançant des sommets pour convaincre les Africains qu’elle veut leur bien. À croire que tout le monde veut du bonheur de l’Afrique… sauf les Africains eux-mêmes. Cela sent clairement l’arnaque.
Derrière ces grandes rencontres organisées à coups de communication, se cache une stratégie de séduction bien rodée. Les jolies formules et enseignes lumineuses ne masquent qu’à peine une volonté de mainmise sur les ressources africaines : terres agricoles, bauxite, fer, or, diamant et bien plus encore. Personne ne se préoccupe réellement du développement du continent ni de la prospérité de ses jeunes, de ses femmes ou de ses enfants. Ce que ces puissances recherchent à travers ces sommets clinquants, ce sont des parts de marché pour leurs entreprises, des débouchés pour leurs industries.
Rien de nouveau donc. Les méthodes sont peut-être plus raffinées aujourd’hui, les discours plus séduisants. Mais les objectifs demeurent identiques : le profit. Il y a un siècle, c’est au nom de l’évangélisation que l’Afrique s’était laissée dépouiller. Aujourd’hui, elle se laisse encore piéger par les beaux sentiments. Pourtant, hier comme aujourd’hui, le fond du problème reste le même : exploiter le continent, encore et toujours.
Et c’est en cautionnant cette vaste duperie que certains de nos dirigeants osent prétendre qu’ils se sont enfin réveillés. Que nenni ! Ils se couvrent ainsi de ridicule, souvent sans même en avoir conscience. Certes, un réveil est indispensable en Afrique. Mais celui-ci ne saurait se réduire à une juxtaposition de phrases creuses, teintées d’une fierté feinte, ni à la résurgence d’une Afrique des pouvoirs absolus. Eu égard à la nature des attaques et des agressions dont elle est la cible, l’Afrique doit opposer un réveil lucide, stratégique et intelligent. Ce sursaut, pour être efficace, devra s’appuyer bien plus sur le cerveau que sur les muscles.
Boubacar Sanso Barry


