La seconde phase du procès des événements du 28 septembre 2009 se poursuit au tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la cour d’appel de Conakry. Ce lundi 26 janvier 2026, la parole a été donnée aux victimes et aux parents des victimes, venus livrer le récit de leurs souffrances.
À la barre, Mamadou Sanou Bah témoigne de la perte de son frère, Elhadj Ibrahima Bah, âgé de 65 ans, père de 15 enfants issus de trois épouses, décédé lors du massacre au stade du 28 septembre.
« Ce jour-là, j’étais sorti. Plus tard, quelqu’un m’a appelé sur le numéro de mon frère-cousin pour m’annoncer que le propriétaire du téléphone était décédé », raconte-t-il. La famille se lance alors à la recherche du corps dans les morgues de Conakry. « Nous avons finalement retrouvé Elhadj Ibrahima Bah. Il avait 65 ans », poursuit-il, avant de préciser que la déclaration officielle du décès n’a pas pu être obtenue à la Cité des Nations.
Interrogé par le ministère public sur l’état du corps, le témoin décrit une scène glaçante.
« Après la restitution, j’ai vu une petite égratignure sur son front. Le corps avait noirci et les mouches tournaient déjà autour. Il y avait beaucoup de corps, je ne peux pas dire le nombre. Je confirme que son corps a été transporté dans un camion militaire. Il portait le numéro 116, je ne sais pas ce que cela signifie », indique-t-il.
Face aux avocats de la défense, Mamadou Sanou Bah affirme ne connaître aucun des accusés cités, notamment Bienvenu Lamah, et précise qu’il ne se plaint contre personne en particulier, mais uniquement contre l’État.

Après ce témoignage, le tribunal a entendu Amadou Djouldé Barry, une autre victime survivante du drame. À la barre, il explique s’être rendu au stade presque par hasard.
« Je me rendais à mon lieu de travail quand, arrivé au rond-point Concasseur, j’ai vu une grande foule se diriger vers le stade. J’ai décidé de les suivre », confie-t-il. Sur place, l’ambiance est festive : drapeaux brandis, tribunes bondées, certains en prière. Mais tout bascule brutalement.
« Quelques minutes après, on a entendu les crépitements de balles. La panique a envahi le stade. J’étais sur la pelouse, j’ai voulu escalader le mur côté autoroute, mais je n’y arrivais pas », se souvient-il. Tentant de se faire aider par un jeune à ses côtés, celui-ci est mortellement touché sous ses yeux. « On m’a dit de fuir, sinon je serais comme lui », dit-il.
Dans sa fuite, Amadou Djouldé Barry est rattrapé par des militaires. « Ils m’ont frappé, bastonné. L’un d’eux avait un couteau et m’a poignardé au pied », témoigne-t-il. Son salut viendra d’un gendarme, ancien camarade d’école primaire, qui ordonne qu’on le relâche. « Il m’a demandé de ne plus jamais revenir dans ce genre d’endroit. C’est ainsi que j’ai été sauvé, avec l’aide des jeunes du quartier », explique-t-il.
À travers ces récits bouleversants, le procès du 28 septembre continue de raviver la mémoire d’un drame qui a marqué à jamais la Guinée, donnant enfin aux victimes l’espace pour dire l’indicible.
Aminata Camara


