Ce 31 mars 2026, la capitale guinéenne a accueilli une mission économique de haut niveau sous l’égide de Bpifrance et du Ministère du Plan et de la Coopération Internationale. Entre enjeux de souveraineté et transformation structurelle, ce forum marque un tournant dans la diplomatie économique entre Paris et Conakry.
Le programme s’inscrit dans la dynamique du Plan Simandou 2040, porté par les autorités guinéennes pour promouvoir un développement économique durable, inclusif et diversifié autour du projet minier de Simandou.
Dans une salle comble où se mêlaient les représentants de 50 entreprises françaises et les acteurs majeurs du secteur privé guinéen, le lancement du « Parcours Business International Simandou 2040 » a résonné comme un manifeste pour l’avenir. Ce rendez-vous ne se voulait pas une simple rencontre protocolaire, mais le moteur d’une ambition nationale : transformer le gisement de fer de Simandou en un levier de développement multi-sectoriel touchant l’agriculture, l’énergie et les technologies.

L’Ambassadeur de France en Guinée et en SierraLeone, Jean-Luc Briard, a ouvert les échanges en soulignant la singularité de ce moment historique. « La France était ici ce matin avec ses entreprises, mais nous ne réclamons aucun passe-droit, et certainement pas ceux liés à l’histoire, mais bien pour servir l’avenir », a-t-il affirmé. Saluant la résilience des fondamentaux économiques du pays, il a précisé « Si vous attirez autant d’investisseurs, c’est parce que la marque Guinée imprime dans la sous-région, en Afrique et au-delà. Une nation a rendez-vous avec son histoire. Et moi qui viens d’un pays développé mais avec une croissance faible, je peux vous dire qu’on regarde avec envie vos taux de croissance », a-t-il indiqué.
Cette dynamique s’appuie sur une volonté de rupture avec les anciens modèles de coopération. Ismaël Nabé, Ministre du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, a rappelé que Simandou 2040 n’est pas un projet isolé mais « une architecture de transformation nationale ». Selon lui, ce programme constitue l’un des cadres de développement les plus ambitieux du continent « Avec plus de 200 milliards de dollars d’investissement projetés, 122 mégaprojets et 36 réformes structurantes, Simandou 2040 constitue aujourd’hui le passage d’une économie de potentiel à une économie de performance. Ce forum incarne une nouvelle génération de partenariats fondés non plus sur l’aide, mais sur l’investissement, non plus sur la dépendance, mais sur la responsabilité partagée », a-t-il souligné.


La dimension industrielle de cette vision a été portée par Fatima Camara, Ministre de l’Industrie et du Commerce. Elle a insisté sur l’impératif de captation de valeur sur le territoire national « Faire de la Guinée une économie de transformation, créatrice de valeur, d’emploi et d’opportunités. Avec Simandou 2040, nous ne pensons plus à petite échelle. Nous changeons de dimension. L’enjeu aujourd’hui est de capter davantage de valeur sur nos territoires en structurant de véritables filières industrielles. Nous avons les ressources, nous avons les partenaires, nous avons une vision. Il ne nous manque qu’une chose, passer à l’action ensemble », a soutenu la ministre.
Clôturant les interventions, le Premier Ministre Amadou Oury Bah a replacé cet événement dans un contexte de « destruction créatrice » mondiale, rappelant que l’avenir se construit dans les moments de chaos. Pour le chef du gouvernement, la priorité absolue reste la souveraineté économique et la maîtrise des chaînes de valeur locales.

« Nous voulons être pragmatiques, concrets et construire une économie pour répondre aux besoins d’une population. C’est dans ce cadre que le Président de la République a contribué avec détermination à réaliser le programme minier Simandou », a déclaré le Premier Ministre.
Il a conclu sur une analogie forte concernant les ressources naturelles du pays « Nous voulons que l’alumine, l’aluminium, les dérivés de la transformation de la bauxite, cela puisse être comme le pétrole pour l’Arabie Saoudite, notre richesse sur laquelle une économie forte pourrait émerger dans cette partie du monde. La Guinée avance avec détermination, elle avance avec décidité et responsabilité », a-t-il affirmé.

Alors que les rencontres B2B se poursuivent, l’heure est désormais à la concrétisation. Avec plus de 500 millions de dollars déjà mobilisés par Bpifrance dans divers secteurs (santé, infrastructures, numérique), ce forum pose les jalons d’une co-industrialisation durable qui pourrait bien redéfinir les équilibres économiques de la sous-région.
Cette initiative met en avant les opportunités économiques en Guinée et repose sur une forte mobilisation de partenaires publics, financiers et industriels, notamment avec l’appui du gouvernement guinéen, de partenaires bancaires et d’acteurs techniques.
Thierno Amadou Diallo




