Ce n’est pas vraiment une surprise, mais désormais, cela a le mérite d’être assumé par le premier concerné, à savoir le président Félix Tshisekedi. Si le conflit dans l’est du pays l’avait contraint à mettre de côté ses velléités, la petite accalmie consécutive à la pression que les États-Unis de Trump exercent sur le protagoniste rwandais donne au chef de l’État congolais l’occasion de ressortir son agenda politique phare : le troisième mandat. Ce troisième bail qui, dans les cas d’Alpha Condé et d’Alassane Ouattara, a en partie servi de prétexte aux soubresauts que l’Afrique de l’Ouest connaît depuis quelques années, Tshisekedi veut bien s’y aventurer. Et son projet, il pourrait d’autant plus facilement le conduire à bon port que la logique de la limitation des mandats n’a plus particulièrement la cote en Afrique. Entre des présidents qui, comme Paul Biya, cumulent de nombreux mandats et les militaires du Sahel qui ne souhaitent même pas jouer aux semblants, pas sûr que la résistance des Eglises catholique et protestante congolaises suffise à barrer la route au chef de l’Etat.
Une annonce qui n’a rien de nouveau
C’est une scène si bien connue en Afrique qu’elle n’a plus aucun secret pour personne. Un président qui veut amender la Constitution afin de faire sauter le verrou qui limite le nombre de ses mandats invoque toujours le peuple. Celui-ci lui sert de prétexte pour ne jamais ouvertement annoncer que le désir du bail interdit vient de lui. C’est toujours du peuple que la demande a tendance à venir. De ce point de vue, l’annonce faite hier par Félix Tshisekedi n’a rien de nouveau. Le troisième mandat, il serait prêt à le conquérir, mais à condition que le peuple congolais le supplie d’y aller, via un référendum qu’il pourrait organiser.
Ses propres turpitudes
Encore que ce référendum même, il faut l’envisager de manière plutôt hypothétique dans le cas congolais. Car le président, se laissant opportunément inspirer par l’exemple de l’Ukraine, n’entend pas organiser d’élections aussi longtemps que le conflit perdurera dans l’est du pays et qu’en particulier, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu demeureront hors du contrôle des autorités de Kinshasa. Voilà qui doit faire sourire. Un président qui se prévaut de ses propres turpitudes pour ne pas se soumettre au suffrage universel des Congolais. Ainsi, si l’on résume, le président veut bien d’un troisième mandat. Mais seulement après le bonus qu’il entend s’offrir sous prétexte que les élections ne peuvent être organisées en raison de la perte de territoires que ses soldats ont échoué à sécuriser.
Donald Trump, ami de Tshisekedi et des mines congolaises
Difficile de comprendre la logique. Pourtant, Félix Tshisekedi pourrait bien faire aboutir son agenda. Parce que les histoires de limitation de mandat, plus personne ne s’en soucie désormais en Afrique, notamment dans l’espace francophone. Encore moins dans cette région de l’Afrique centrale où des présidents comme Theodoro Obiang Nguema, Paul Biya et Denis Sassou Nguesso cumulent respectivement 46, 43 et 41 ans au pouvoir. Mais il n’y a pas que ces figures tutélaires qui inspirent désormais en Afrique. Des dirigeants, il y en a qui sont encore plus décomplexés. C’est le cas de ceux des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), où c’est la notion même d’élections qui est rayée de l’agenda politique des présidents. Dans un tel contexte, où les pressions d’antan ne valent plus rien, alors même que toutes les institutions locales sont inféodées et les autres contre-pouvoirs réprimés, ceux qui voudraient se dresser en travers du chemin de Tshisekedi ont du pain sur la planche. Surtout que le nouvel ami du président congolais — et des mines congolaises — est un certain Donald Trump, pas si friand des principes démocratiques, comme il l’est des terres rares et autres minéraux critiques dont regorge la RD Congo.
Boubacar Sanso Barry




