Malgré les interdictions annoncées par les autorités, l’utilisation des engins lourds dans l’exploitation minière artisanale se poursuit à grande échelle dans la préfecture de Siguiri. À Sèkè, dans la sous-préfecture de Doko, des centaines de cours d’eau auraient déjà été détruits par les activités des machines « poclains » utilisées sur les sites miniers illégaux.
Alors qu’un communiqué conjoint de trois ministres avait récemment interdit l’utilisation de ces engins dans l’exploitation minière artisanale, après plusieurs manifestations de jeunes contre cette pratique, la situation reste inchangée sur le terrain.
Interrogé ce mercredi 13 mai 2026 par notre correspondant basé à Siguiri, Madou Fina Camara, l’un des porte-parole de l’Union des jeunes pour le progrès de Siguiri, un collectif engagé contre l’exploitation minière illégale, affirme que cette activité « ne s’est jamais arrêtée ».
« L’utilisation des machines poclains dans l’exploitation minière artisanale illégale ne s’est jamais arrêtée à Siguiri. Malgré les deux décrets du président de la République pour interdire cette activité et les communiqués conjoints des ministres, le travail continue. Aujourd’hui, les Siguirakas se demandent qui est réellement derrière cette activité », a-t-il déclaré.
Le jeune activiste affirme avoir personnellement accompagné plusieurs missions venues de Conakry afin de leur montrer les dégâts causés par les exploitants chinois dans la brousse.
« J’ai conduit treize missions venues de Conakry sur les sites chinois pour constater les dégâts, mais rien n’a changé. La mission actuellement sur le terrain, envoyée par le président, travaille sérieusement, mais elle manque de moyens. Avec seulement trois porte-chars, ils peuvent passer deux semaines sur un seul site sans finir de saisir les machines », explique-t-il.

Plus loin, Madou Fina Camara pointe du doigt ce qu’il considère comme un manque de volonté des autorités dans cette lutte contre l’exploitation minière illégale.
« S’il y a un seul responsable dans l’entourage du président qui n’a pas son quota dans cette affaire, c’est peut-être lui seul. Sinon, de la présidence au gouvernement, en passant par le gouverneur, le préfet et les sous-préfets, tout le monde a sa part de responsabilité. C’est pourquoi cette activité ne s’arrête pas », accuse-t-il.
Selon lui, les conséquences environnementales deviennent dramatiques dans plusieurs localités minières de la préfecture.
« À Sèkè seulement, plus de 200 cours d’eau ont été détruits par les activités des machines poclains des Chinois. Aujourd’hui, il n’existe pratiquement plus un seul cours d’eau à Siguiri dont l’eau est potable. Même les animaux ne peuvent plus la boire », déplore le porte-parole.
Il estime que la solution passe désormais par une mobilisation des populations locales.
« La seule solution, c’est que les Siguirakas eux-mêmes prennent leurs responsabilités pour dire non à ce fléau dangereux », a-t-il insisté.
Le porte-parole évoque également des conséquences économiques, notamment une pénurie récurrente de carburant dans la région.
« Les crises de carburant à Siguiri sont aussi provoquées par cette activité. Un bidon de gasoil se négocie aujourd’hui entre 500 000 et 600 000 francs guinéens. Dès que les citernes arrivent, le carburant est directement acheminé vers les sites chinois où les bénéfices sont plus importants », a-t-il souligné.
Ibrahima Camara, depuis Siguiri




