On le savait peut-être déjà, mais on le mesure sans doute davantage depuis l’annonce de sa disparition, intervenue ce lundi 12 janvier, à l’âge de 72 ans. Rolland Courbis, ancien entraîneur emblématique de l’Olympique de Marseille, jouissait d’une aura certaine en France. Les nombreux hommages et articles que son décès a suscités dans la presse hexagonale en témoignent. Ce n’est pourtant pas uniquement son palmarès qui aura marqué les esprits. Car, sans avoir été l’entraîneur le plus titré de sa génération, il s’était surtout imposé par une personnalité singulière, faite d’une gouaille légendaire, d’un franc-parler parfois déroutant et d’une passion viscérale pour le football. Autant de traits qui faisaient de lui un personnage à part, reconnaissable entre mille, et dont l’image tranchait avec celle, plus lisse, de nombreux techniciens.
Mais Roland Courbis, s’il n’a pas connu, en Afrique, la carrière foisonnante de bien d’autres « sorciers blancs » ayant sillonné les bancs des sélections nationales du continent, n’en demeurait pas moins une figure relativement familière de ce côté-ci de la Méditerranée. Des anciennes gloires africaines qu’il a côtoyées en Europe à ses passages, certes brefs mais marquants, au Niger ou à l’USM Alger, le technicien français laisse le souvenir d’un homme de football entier, passionné, parfois excessif, mais toujours habité par le jeu. A ce titre, l’Afrique, elle aussi, pleure la disparition de l’ancien consultant de RMC.
En Guinée en particulier, le nom de Roland Courbis ne sonne pas comme une inconnue. Dès que l’annonce de sa mort a commencé à circuler sur les réseaux sociaux, à Conakry, beaucoup ont immédiatement établi le lien. « C’est l’entraîneur de Titi Camara », rappelait-on spontanément hier. Aboubacar Titi Camara, ancien attaquant vedette du Syli national, doit en effet une partie de son ascension européenne à son passage à l’Olympique de Marseille sous la houlette de Courbis. Pour toute une génération de supporters guinéens, la fin des années 1990 rime ainsi avec l’OM, et avec cet entraîneur au verbe haut qui avait su faire confiance à leur compatriote. « Ah, Roland, il a beaucoup aidé Titi Camara », se remémorait encore, avec émotion, un confrère de la presse sportive, sur un ton empreint de nostalgie.
L’expérience africaine de Courbis ne fut cependant pas toujours couronnée de succès. En 2011, lorsqu’il arrive au Niger en qualité de conseiller technique, avec pour mission d’aider le Mena à réussir son baptême à la Coupe d’Afrique des Nations, l’aventure tourne court. Lors de la CAN organisée conjointement par le Gabon et la Guinée équatoriale, la sélection nigérienne est éliminée dès le premier tour, concédant trois défaites en autant de rencontres. Malgré cet échec, il est maintenu quelques mois à la tête de l’équipe A. Mais, en définitive, la collaboration s’achève en queue de poisson, sur fond de limogeage pour contre-performance, alors que l’intéressé évoque, de son côté, de sérieux dysfonctionnements organisationnels. Aujourd’hui, conformément à cette bienveillance africaine qui entoure souvent la mémoire des disparus, l’ancien président de la Fédération nigérienne de football (Fenifoot), Djibrila Hima Hamadou, n’évoque plus que les qualités humaines et professionnelles de l’homme.
A l’inverse, en Algérie, c’est avec une tristesse bien authentique que la nouvelle du décès de Rolland Courbis a été accueillie. Si son passage au Niger n’a pas été des plus reluisants, son aventure avec l’USM Alger, entamée peu après, reste, elle, auréolée de succès. A la tête du club algérois, il avait signé sans doute les plus beaux chapitres de sa carrière d’entraineur, en remportant un doublé historique : la Coupe d’Algérie et la Coupe de l’Union arabe. Des titres qui lui avaient valu une reconnaissance durable auprès des supporters et des observateurs du football algérien.
Ainsi, au-delà de la France, la disparition de Roland Courbis résonne également en Afrique, où son nom demeure associé à des souvenirs contrastés, mais toujours empreints de passion et d’humanité. Plus qu’un simple entraîneur, c’est une voix, un tempérament, une façon d’aimer et de vivre le football qui s’est éteinte. Et de Conakry à Alger, en passant par Niamey, nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, saluent la mémoire d’un homme qui aura, à sa manière, marqué l’histoire du ballon rond.
Boubacar Sanso Barry


