C’est dans un duplex flambant neuf aux couleurs blanche et orange, niché sur la colline surplombant la vallée entre Nongo et Kaporo, que l’Agence Sinani a officiellement lancé ses activités ce vendredi 6 février 2025. L’événement a mobilisé un parterre de personnalités, d’artistes et de partenaires potentiels, tous venus découvrir ce qui se présente comme le nouveau « laboratoire de créativité » de la capitale.
À la tête de cette initiative, Mohamed Rahim Sidibé, Directeur Général de l’agence, ne cache pas son ambition de transformer le paysage médiatique local. Pour lui, le projet est né d’un constat amer sur la qualité des productions nationales « Aujourd’hui, chez nous, en général, nous manquons de contenu guinéen. Vous ne pouvez pas regarder la télévision guinéenne et être fier du contenu qu’il y a. C’est un fait, c’est réel », a-t-il déclaré. Pour remédier à cette situation, l’agence mise sur une collaboration étroite avec le milieu académique. « Ce que nous voulons, ici, c’est signer un partenariat avec les principaux instituts de formation guinéens, l’ISIC de Kountia et les Beaux-Arts de Dubréca, et essayer d’avoir, chaque deux années, les meilleurs étudiants sortant dans les domaines du scénario, de la réalisation, du cadrage et du montage, pour leur donner une direction artistique pour qu’on puisse vendre l’image de la Guinée », a-t-il indiqué.


La stratégie de Sinani repose sur une immersion pratique totale. Le premier grand chantier portera sur la valorisation culturelle « Le premier documentaire que nous allons réaliser sera sur les ballets africains. En général, quand on demande à un Guinéen qui est son idole, on n’est pas tenté de dire le nom d’un Guinéen. Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas, mais parce qu’on ne connaît pas. On n’a pas réussi à vendre l’image des artisans de chez nous, de ceux qui ont fait les beaux jours de notre pays », a-t-il expliqué. À travers des reportages grand format et des podcasts, l’agence entend permettre aux citoyens de se réapproprier leur propre histoire.
La visite des locaux révèle un espace optimisé pour la création moderne. Au rez-de-chaussée, un plateau multifonctionnel accueille les shootings photo et les tournages vidéo complexes grâce à des dispositifs de fonds verts. À l’étage, le cœur du réacteur se trouve dans « Le Labo », un espace dédié à la post-production où la magie opère, de l’écriture au montage final. L’agence dispose également d’un studio de podcast dernier cri et d’une salle de production audio destinée, entre autres, au doublage de voix.

Pour assurer son indépendance, l’agence a développé un modèle économique hybride. L’agence de publicité finance l’incubateur grâce au « personal branding » et aux services offerts aux entreprises. À terme, toutes les productions (films, sketchs, documentaires) seront hébergées sur la plateforme sinani.gn. « La plateforme sera à l’image de Netflix », promet le DG, qui envisage même des projets de doublage audacieux « Nous allons faire du doublage. Je suis persuadé qu’il y a quelqu’un en Guinée capable de doubler la voix de Kabakoudou ».

Parmi les invités de marque, Souleymane Thianguel Bah, Secrétaire Général du Ministère de la Communication, a salué une initiative porteuse d’avenir « C’est une fierté d’assister à cet événement, parce qu’il permet de démontrer que lorsqu’il y a des jeunes constants dans leur travail, ils peuvent réussir à se construire un avenir », a-t-il souligné. Pour le représentant du ministère, Sinani est bien plus qu’une entreprise privée « C’est un incubateur, un endroit où l’on peut aider à fabriquer des gens dans un métier précis. Nous avons pour mission de créer une télévision dédiée aux jeunes, à l’entrepreneuriat et à l’éducation. Elle sera faite par les jeunes, car c’est eux qui parlent le même langage. L’incubateur Sinani est un endroit prometteur pour nous pour venir voler quelques compétences qui serviront le pays tout entier », a-t-il affirmé.
Thierno Amadou Diallo


