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Côte d’Ivoire : élection ou sélection ?

Ça y est ! En Côte d’Ivoire, le couperet est tombé, définitif et sans appel. Le Conseil constitutionnel, exauçant les volontés d’Alassane Ouattara, n’a validé ni la candidature de Tidjane Thiam, ni celle de Laurent Gbagbo. Le président sortant, en roue libre, est donc parti pour s’offrir un quatrième mandat. Peut-être que les convulsions sociopolitiques redoutées n’auront pas lieu. Mais, en tout état de cause, la Côte d’Ivoire restera marquée par ce scrutin de façade. C’est ainsi que, souvent sans en prendre conscience, l’on creuse les sillons de crises durables qui finissent par hanter nos pays.

Plus qu’une surprise, c’est une confirmation. Personne ne s’attendait réellement à ce que les candidatures des leaders du PDCI et du PPA-CI soient réhabilitées. Radiés de la liste électorale, ils n’avaient quasiment aucune chance de concourir lors des prochaines élections présidentielles. L’arrêt du Conseil constitutionnel rend cette exclusion définitive et irrévocable, confortant un peu plus les chances d’Alassane Ouattara de briguer un quatrième mandat embarrassant. Car c’est bien l’enjeu de ces manœuvres politico-judiciaires de ces dernières années : placer le candidat du RHDP en position idéale.

Ce boulevard ouvert à Ouattara réjouit évidemment son camp, mais inquiète nombre d’observateurs, en Côte d’Ivoire comme à l’étranger. Les précédentes élections ayant souvent été émaillées de violences, beaucoup redoutent le retour des vieux démons. L’angoisse est d’autant plus forte qu’une crise ivoirienne viendrait achever de déstabiliser une sous-région déjà fragilisée par l’instabilité sahélienne. Pourtant, à Abidjan, les autorités affichent une confiance sereine, donnant l’impression de maîtriser tous les leviers. Surfant sur la défiance ambiante vis-à-vis de la communauté internationale, elles se savent à l’abri de toute remontrance sérieuse, notamment de la France et des États-Unis.

Dans l’opinion publique africaine, cette quatrième candidature d’Alassane Ouattara et l’exclusion de ses principaux adversaires passent cependant très mal. On y voit l’illustration de ces « démocraties de façade » qui pullulent sur le continent : des régimes où les scrutins ne servent qu’à donner un vernis légal à des pouvoirs déjà verrouillés. La négation du pluralisme politique, l’inféodation des institutions, l’instrumentalisation de la justice, la confiscation du suffrage et la privatisation des ressources publiques sont pourtant autant de facteurs qui ont déjà conduit le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans l’abîme. On aurait pu croire que la Côte d’Ivoire, marquée par de douloureuses crises, s’en inspirerait pour tracer une autre voie. Mais visiblement, Alassane Ouattara préfère miser sur le court terme plutôt que sur un héritage politique durable.

Boubacar Sanso Barry

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