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Réactivation de l’AGOA : l’Afrique a-t-elle vraiment de quoi se réjouir ?

L’annonce de la réactivation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) par l’administration Trump, en ce début du mois de février, s’est répandue dans les médias comme une excellente nouvelle pour le continent africain. A écouter certains commentaires enthousiastes, on croirait presqu’à une réconciliation soudaine entre l’Afrique et Donald Trump, comme si, par enchantement, toutes les pommes de discorde entre les deux parties venaient d’être dissipées. Les ressorts profonds de cette « résurrection » ayant été peu interrogés, l’impression dominante est celle d’un geste généreux, voire désintéressé, de la part du président américain. Or, une lecture plus attentive invite à beaucoup plus de prudence. D’une part, à l’échelle du continent africain, les bénéfices réels de l’AGOA demeurent relativement limités. D’autre part, fidèle à sa vision résolument transactionnelle des relations internationales, Donald Trump n’agit jamais sans attendre de contreparties. Dès lors, l’enthousiasme ambiant mérite d’être tempéré.

Il convient d’abord de rappeler que la réactivation de l’AGOA, dont l’objectif est de permettre à 32 pays africains d’exporter certains produits vers les Etats-Unis sans droits de douane, n’est accordée que pour une durée d’un an. Autrement dit, si au terme de cette période l’administration américaine estime le bilan insatisfaisant, elle pourra, sans difficulté, suspendre à nouveau cet accord préférentiel en vigueur depuis l’an 2000.

Certes, certains pays africains devraient tirer un avantage immédiat de cette relance, même temporaire. En 2024, l’Afrique a exporté pour plus de 8 milliards de dollars de marchandises vers les Etats-Unis. Mais ces flux restent concentrés sur un nombre restreint de pays. L’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et le Lesotho figurent parmi les principaux bénéficiaires de l’accord. Pour Pretoria, la reprise des exportations, notamment dans les métaux précieux et l’industrie automobile, pourrait générer des rentrées de devises significatives et préserver des milliers d’emplois. Au Lesotho et au Kenya, c’est surtout le secteur textile qui devrait bénéficier de ce regain d’accès au marché américain. Quant au Nigeria, ses exportations vers les Etats-Unis restent dominées par le pétrole.

Pour ces pays, les retombées économiques ne sont donc pas négligeables. Mais à l’échelle de l’ensemble du continent, elles demeurent marginales. Cette réalité s’explique en grande partie par la faiblesse structurelle de l’industrialisation africaine, qui limite la capacité de nombreux Etats à tirer profit d’un accès préférentiel aux marchés extérieurs. En ce sens, l’AGOA apparaît davantage comme un levier ponctuel que comme un véritable moteur de transformation économique.

A cela s’ajoutent des conditions politiques et stratégiques qui suscitent de sérieuses interrogations. Selon plusieurs sources, la réactivation de l’accord serait notamment liée à la volonté de Washington de voir certains pays africains accueillir des migrants que les Etats-Unis ne souhaitent plus garder sur leur sol, une question particulièrement chère à Donald Trump. La question aurait été explicitement soumise au Ghana, en guise d’illustration. Par ailleurs, il se murmure que, dans sa version de Donald Trump, l’AGOA ne serait plus un dispositif à sens unique. Si les Etats-Unis ouvrent leur marché aux produits africains, ils attendraient en retour une ouverture accrue des marchés africains aux produits américains.

Enfin, sans en préciser encore les modalités, la Maison Blanche a déjà laissé entendre qu’un travail devrait être engagé afin d’aligner l’AGOA sur le slogan trumpien de « l’America First ». Une orientation qui laisse présager de nouvelles exigences américaines et une redéfinition des priorités, potentiellement au détriment des intérêts africains.

Au final, derrière l’annonce de la réactivation de l’AGOA, certains pourraient voir les prémices d’un réchauffement des relations entre l’Afrique et les Etats-Unis. Mais, comme souvent, le diable se cache dans les détails. Avant de crier victoire, les pays africains gagneraient à examiner avec discernement les contours réels de cet accord manifestement revisité ou en voie de l’être. Car à y regarder de près, il n’est pas certain que l’Afrique ait, pour l’instant, autant de raisons de se réjouir qu’on voudrait le faire croire.

Boubacar Sanso Barry

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