Ce lundi 11 mai, la justice s’est transportée au chevet de l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana. Après deux heures d’un interrogatoire inédit à la Clinique Pasteur, les débats ont été interrompus. Si la défense salue le déplacement de la Cour, elle dénonce l’apparition de nouvelles pièces et réitère l’urgence d’une évacuation sanitaire pour un prévenu qu’elle juge « politiquement persécuté ».
Pour la première fois, le prévenu, poursuivi pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, a pu répondre depuis son lit de malade.
Maître Amadou Baben Camara a ainsi expliqué les raisons de cette suspension soudaine. « Le parquet spécial a commencé à poser des questions à M. Kassory Fofana, mais il y a eu des difficultés lorsqu’il a été question d’une pièce. Nos avocats ont fait savoir qu’ils ne détenaient pas ce document, un procès-verbal d’une unité de police. M. Kassory dit qu’il n’a pas assisté à cet interrogatoire, donc qu’il n’est pas concerné. Le parquet a promis de faire la copie de la pièce pour que le contradictoire s’installe », a-t-il expliqué.

L’avocat a toutefois précisé que, malgré son état alité, son client a pu répondre aux premières sollicitations. « Je crois qu’il a pu répondre aux questions qui lui ont été posées, il est à même d’y procéder », a-t-il déclaré.
De son côté, Maître Sidiki Bérété a salué le « courage professionnel » de la Cour, tout en livrant un plaidoyer sans concession sur l’état de santé de son client. « Le fait que la Cour soit venue vers l’hôpital a permis à Kassory de faire face à la justice. On croyait qu’il sabotait et refusait de comparaître, mais son état prouve suffisamment qu’il ne le pouvait pas. Seulement, on n’est plus dans un délai raisonnable. La loi dit qu’on doit être jugé en appel dans un délai de trois mois, et cela fait plus d’un an », a-t-il fustigé.
L’avocat a également insisté sur l’impossibilité de soigner l’ancien Premier ministre en Guinée, réclamant son évacuation immédiate. « Tant qu’on n’est pas dans le coma, on ne vous croit pas. Le mal est là, il faut qu’il soit soigné. Son rendez-vous médical devait être reconduit depuis 2021 et s’il n’y a pas de plateau technique, on ne peut pas le soigner ici. On ne peut juger qu’un vivant. Pour bouffer de la bonne viande, il faut traiter l’animal », a-t-il indiqué.

La défense a réaffirmé sa conviction que le dossier est « vide », pointant du doigt les 15 milliards de francs guinéens au centre des accusations. « C’est une détention purement politique, c’est la chasse aux anciens dignitaires. Sur les 15 milliards qu’on lui reproche, 13 milliards sont logés au Trésor public. Le dossier est truffé de rapports inventés de toutes parts pour le faire condamner sans qu’il puisse se défendre », a conclu Me Bérété.
Thierno Amadou Diallo




