Sur les réseaux sociaux en Guinée, la viralité est souvent confondue avec l’influence. Tandis que certains gagnent en visibilité en exposant leur nudité ou des contenus provocateurs, d’autres agissent discrètement mais façonnent réellement les choix et les perceptions de leurs communautés. Où commence l’influence et où s’arrête la simple viralité ? Ousmane Bangoura, créateur de contenu à caractère éducatif apporte un éclairage sans complaisance sur cette confusion des rôles.
À l’ère des réseaux sociaux, le terme influenceur est de plus en plus galvaudé en Guinée. Nombreux sont ceux qui s’autoproclament ainsi, souvent à la seule faveur d’un compteur d’abonnés en hausse. Mais que recouvre réellement cette notion.
D’entrée de jeu, Ousmane Bangoura rappelle que l’influence ne peut être généralisée. « La notion d’influence est très relative, parce que ce qui influence les uns n’influence pas forcément les autres », a-t-il souligné.
Pour lui, l’influenceur n’est pas forcément celui qui est visible sur les plateformes numériques.
« un influenceur, dans un premier temps, c’est une personne qui a une certaine emprise sur notre décision, sur notre choix, sur notre goût. A la base, c’est une personne qu’on respecte, c’est une personne pour qui on a beaucoup d’estime. Et par conséquent, cette personne, lorsqu’elle donne son avis sur un sujet, vous prenez son avis en argent comptant. Donc, il arrive même parfois que cette personne arrive à changer votre perception initiale sur n’importe quel sujet. Donc, ça peut être votre ami, ça peut être votre parent, ça peut être n’importe quelle personne dans votre réseau. C’est ce qu’on appelle influenceur », lance-t-il.
Contrairement aux idées reçues, l’influence ne naît pas avec Facebook ou TikTok.
« Cette personne peut être sur les réseaux sociaux ou pas. Elle n’est pas obligée d’être sur les réseaux sociaux pour être un influenceur », a-t-il expliqué.
À travers des exemples de la vie quotidienne, Ousmane Bangoura illustre cette réalité : « Tu as un projet de construction, tu rencontres un aîné… tu changes ton avis. La personne t’a influencé ».
Pour lui, si le concept s’est popularisé, c’est surtout avec l’essor du numérique. «Mais c’est un concept qui a été développé avec l’avènement des réseaux sociaux parce que plus souvent, les gens se disent influenceurs. Donc, la notion d’influence est très relative», a-t-il souligné.
L’un des points centraux de son analyse réside dans la distinction entre influenceur et créateur de contenu.
« Il faut faire la différence entre un influenceur et un créateur de contenu. Un créateur de contenu n’est pas forcément un influenceur. Et un influenceur n’est pas un créateur de contenu », a-t-il fait savoir.
Selon lui, un créateur de contenu est avant tout animé par la passion.
« un créateur de contenu, c’est une personne qui est à la base alimentée par la passion, comme moi par exemple. Qui a envie de partager sa vie, son savoir-faire, des histoires, ça peut être des histoires, ainsi de suite. Maintenant, quand tu partages ton histoire, tu es un créateur de contenu. Et c’est peu qu’en partageant, les gens aiment ton histoire. Les gens arrivent à avoir de l’estime pour toi parce que tu connais l’histoire. Dans ce sens, tout ce que tu diras de l’histoire maintenant risque d’influencer ces personnes-là. Donc, l’influenceur des uns n’est pas forcément l’influenceur des autres », a-t-il indiqué.
Ce n’est qu’avec le temps et la reconnaissance d’un public que ce créateur peut devenir influent dans un domaine précis.
Dans une approche marketing, l’influence répond à des logiques bien définies. « sur les réseaux sociaux, les influenceurs, du point de vue marketing, ce sont des personnes qui, de par leur exercice sur les réseaux sociaux, de par leur contenu, arrivent à changer la perspective d’un certain nombre de communautés digitales », a-t-il déclaré.
En Guinée, la tendance à assimiler popularité et influence est de plus en plus visible. « Il suffit juste d’avoir un certain nombre d’abonnés… et puis voilà, ils s’appellent influenceurs », soutient-il.
Mais Ousmane Bangoura met en garde contre cette illusion, soulignant l’importance des lignes éditoriales et des niches. « Par exemple, tout ce qui parle de la science, de la technologie, ce sont des niches qui trouvent rarement, difficilement, la viralité. Lorsque tu parles de la corruption dans une vidéo, tu es moins viral que quelqu’un qui parle de sexe », affirme-t-il.
À l’inverse, certains contenus attirent plus facilement l’attention. « Une personne qui parle de nudité, une personne qui parle de sexualité, peut avoir rapidement une grande communauté qui est par rapport à une personne qui parle de la corruption, qui parle de la paix, qui parle du développement ».
Par ailleurs, Ousmane Bangoura nuance l’idée même d’audience massive et d’adhésion.
« Ce n’est pas forcément parce qu’on les aime qu’on les regarde, mais parce qu’on est souvent très dépassé de leur niveau d’indécence qu’on vient les regarder. Mais on ne peut pas les appeler les influenceurs au sens positif du mot », a-t-il conclu.
Siby


