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Les contraintes de la construction des raffineries de bauxite en Guinée

Soucieux de faire de l’exploitation des ressources minières, le levier de développement de la Guinée, le Président de la Transition a reçu les chefs des entreprises minières au Palais Mohammed V, ce vendredi 8 avril.

Il a exigé l’équité, la coopération gagnant-gagnant entre la Guinée et ses partenaires du secteur minier. Mieux, le colonel Mamadi Doumbouya a demandé aux entreprises minières exportant plus d’un million de tonnes de bauxite, de procéder à la transformation en Guinée des ressources minières, « c’est un impératif, sans délai », a-t-il indiqué. Selon le colonel Mamadi Doumbouya, « le Gouvernement prendra toutes ses responsabilités afin de faciliter la mise en œuvre des usines de raffineries. L’État jouera tout son rôle afin de créer les conditions de développement d’un corridor de prospérité… En dépit du boom minier du secteur bauxitique, force est de constater que les revenus escomptés sont en deçà des attentes. VOUS et NOUS ne pouvons plus continuer ce jeu de dupes qui perpétue une grande inégalité dans nos relations. IL FAUT LA CORRIGER ET C’EST MAINTENANT », a rassuré le Président de la Transition.

Nous affirmons d’emblée : que « dans l’absolu », la Guinée a intérêt à transformer la bauxite en alumine pour augmenter la valeur ajoutée et développer son économie. Sur ce, nous sommes d’accord avec le Président DOUMBOUYA. Cependant cette volonté risque de se heurter à des obstacles d’ordre juridique et financier.

La Guinée compte à date 9 projets de raffinerie :

1- CBG Projet Kabata – Alcoa / Rio Tinto Alcan

2- GAC : Construction d’une raffinerie d’alumine de 2 000 000 tonnes par an en 2022

3-  SMB : Construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de 1 000 000 par an dans la ZES de Boké en 2022

4-  SPIC : Construction d’une raffinerie d’alumine de capacité de 4 Mpta alimentée par pipeline

5- TBEA :

  • Construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de 1 Mpta extensible à 5 Mpta, production prévue pour juin 2021
  • Construction d’une fonderie d’aluminium d’une capacité de 200 000 tonnes par an, à l’horizon 2026

6- SBG : Projet de construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de production de 1,6Mtpa par an

7-  COBAD : Projet de construction d’une raffinerie d’alumine modulaire d’une capacité initiale de 1,2 Mtpa

8-  Chalco : Projet de construction d’une raffinerie d’alumine (étude de faisabilité disponible)

9- Bauxites Kimbo : Projet de construction d’une raffinerie de 3 000 000 tonnes par an

Qu’en est-il de la maturité de ces différents projets ?

Ces différents projets ne sont pas au même niveau de maturité. Sommairement on constate pour 4 majors ce qui suit :

1- Le projet Kabata (regroupant les sociétés RTA et Alcoa) prévoit la construction d’une raffinerie d’alumine destinée à transformer la bauxite de la CBG (dite de qualité inférieure) en alumine avec une capacité initiale de 1,5 MTPA. Grâce à des expansions successives, le projet pourrait atteindre une capacité maximale de 4,5 MTPA. Ce projet serait installé non loin de Kamsar et serait relié à l’actuel chemin de fer au niveau du PK14. La construction d’un port adjacent à l’usine est également prévue. Une étude de préfaisabilité a été réalisée en 2009 puis reprise suite à la crise financière entre 2011-2013.

Constat: Ce projet semble être abandonné par les actionnaires de la CBG.

2-  le consortium SMB-Winning projette la construction d’une raffinerie d’alumine ainsi que d’une ligne de chemin de fer destinée à désenclaver le corridor de Boffa et à acheminer la bauxite vers la raffinerie et le port de Dapilon. Ce double projet nécessiterait un investissement de 3 milliards $. La phase d’études de faisabilité et d’impact social et environnemental a démarré en 2018 pour un début des travaux prévu en 2019.

Constat : un retard dans la mise en œuvre

Le projet de raffinerie de DIAN DIAN

–         la première phase qui doit être achevée d’ici à fin 2015, prévoit la construction d’une mine de bauxite d’une capacité de 3 millions de tonnes par an. Vers la fin de 2015, RUSAL va réaliser une étude de faisabilité d’un projet d’extension de la production de bauxite jusqu’à 6 millions de tonnes par an, ainsi qu’une étude de faisabilité pour la construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de 1,2 million de tonnes par an.

–         la deuxième phase qui doit être achevée à fin 2019, prévoit une augmentation de la production de bauxite jusqu’à 6 millions de tonnes par an.

–         la troisième phase qui doit être également achevée en 2019, prévoit la construction d’une raffinerie d’alumine avec une augmentation correspondante de la production de bauxite afin de répondre aux besoins de l’usine.

–         enfin la quatrième phase du projet, prévoit l’extension de la raffinerie d’alumine jusqu’à 12 millions de tonnes par an. Le développement de cette phase dépend de la situation économique globale.

Constat : Aucun engagement ferme à date pour la réalisation de la raffinerie.

4- Guinea Alumina Corporation (GAC) est un projet d’exportation de bauxite et d’alumine, combinant production et transformation de minerai en Guinée, et développement d’infrastructures connexes.

Le projet comprend :

Le développement d’une mine de bauxite à Sangarédi, dans la région de Boké, avec des réserves supérieures à 1,3 milliard de tonnes ;

La construction d’un terminal portuaire multi-usagers et d’un quai commercial dans le port de Kamsar, ainsi que l’amélioration du réseau ferroviaire reliant les sites miniers et la raffinerie au port ;

La construction d’une raffinerie d’alumine, avec une capacité de production de 2,4 millions de tonnes par an.

Le projet est développé par Emirates Global Alumina (EGA), avec Mubadala Development (Abu Dhabi) et Investment Corporation (Dubai).

Suite à la signature, à la ratification et à la promulgation de la convention minière, puis à la signature de l’avenant n°2, le champ d’application du projet GAC a été ratifié par l’Assemblée nationale guinéenne en juin 2014.

Le projet sera développé en deux phases.

La première phase, dont le coût est estimé à 1 milliard de dollars, comprend :

Le développement d’une mine de bauxite à Sangarédi, dans la région de Boké ;

La construction d’un terminal portuaire multi-usagers et d’un quai commercial dans le port de Kamsar ;

L’amélioration du réseau ferroviaire existant reliant les sites de la mine et de la raffinerie au port de Kamsar ;

L’élargissement du chenal de navigation permettant l’exportation de bauxite par de plus grands navires.

La seconde phase, dont le coût est estimé à 4 milliards de dollars, comprend :

La construction d’une raffinerie d’alumine d’une capacité de 2,4 millions de tonnes par an (début de production prévu en 2022) ;

Constat : la société déroule progressivement le plan convenu mais n’a toutefois pas encore pris un engagement ferme pour la réalisation de cette raffinerie.

5- Enfin le projet le plus avancé est celui de CHALCO qui a déposé une étude de faisabilité pour sa raffinerie en 2020. “L’usine d’alumine, le produit transformé en semi-fini, c’est l’étape difficile dans la filière de la bauxite en alumine-aluminium. Lorsqu’on réussit à réaliser une usine d’alumine, la phase finale c’est seulement le besoin d’énergie qui fait différence. Donc, nous avons un projet de deux millions de tonnes de capacité par an, c’est-à-dire un million par an. Et la capacité initiale, ça va être un million ; et ça va aller crescendo pour atteindre la capacité de deux millions de tonnes par an. Nous avons un coût total d’investissement d’un milliard vingt-sept millions de dollars américains. Cela va se réaliser en trente-six mois selon l’étude.

Cas pratique de ce qui peut être perçu comme un obstacle à cette volonté du président de la transition :

LES STIPULATIONS (en 5 points) DE LA CONVENTION MINIÈRE en date du 8 juin 2018 entre La République de Guinée et Chalco Hong Kong limites (en qualité d’investisseur) et Chalco Company SA (en qualité de société de projet Société portuaire) pour le développement et l’exploitation des gisements de bauxite de Boffa Nord et Boffa sud.

1- objet du projet

Article 9 description du projet Boffa

9.1.3.B une deuxième phase comprenant les travaux de développement et les travaux d’exploitation de la raffinerie d’alumine…

2- les études de faisabilité Article 10.2.4

A Études de faisabilité concluant à la réalisation de la phase 2.

Dans l’hypothèse où l’étude de faisabilité conclurait à la possibilité de réalisation de la phase 2. L’investisseur engage dès remise de cette étude à l’état, des discussions auprès de tout établissement financier de son choix en vue de la recherche des fonds nécessaires à la réalisation de la phase 2 et transmet à l’état sans délais toute lettre d’intention éventuellement obtenue de tels établissements financiers.

B dès validation de l’étude de faisabilité de la phase 2 par l’état, la société minière réalise ou fait réaliser une étude d’impact sociale et environnementale complète pour mettre à jour l’étude de faisabilité de la phase 2 …

C En même temps, les parties négocient de bonne foi, les termes et conditions de réalisation de la phase 2, et en cas d’accord entre les parties, signent l’avenant de la phase 2 qui doit reprendre et détailler en particulier les éléments suivants :

– les avantages fiscaux et douaniers applicables à la phase 2 …

– les modalités de mise en œuvre du droit de commercialisation de l’état en application du code minier

3- le chronogramme : est défini par l’étude de la phase 2

4- le plan de financement article 30.2.1

Le plan de financement de la phase 2 (construction de la raffinerie) sera consigné dans un avenant Phase 2

5- le règlement des différends ( article 37 )

Article 37.2:   Arbitrage :

À défaut d’un règlement à l’amiable d’un différend en application de l’article 37.1 ce différend sera tranché définitivement selon le règlement de la chambre d’arbitrage de la chambre de commerce internationale de Paris

Commentaires : On aura compris que le développement de cette phase exige obéi à des règles et des négociations entre les parties.

Pour conclure, nous reconnaissons la légitimité pour le pays d’envisager la piste de la transformation pour plus de valeur ajoutée, mais il faut se garder contre « l’instabilité d’une telle valeur ajoutée ». « Plus de transformation locale, bien évidemment pourquoi pas. Mais nous pensons qu’il faut considérer d’autres stratégies de diversification des économies ».

Mohamed CAMARA

Économiste Consultant Associé Gérant du Cabinet Conseil MOCAM CONSULTING

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