En Guinée-Bissau, les élections présidentielle et législatives organisées ce dimanche constituent une étape déterminante pour la stabilité d’un pays longtemps marqué par la pauvreté, les coups d’Etat répétés et les tensions liées au narcotrafic. L’espoir suscité par ce double scrutin reste toutefois conditionné à la crédibilité des résultats et à une période post-électorale exempte de contestations ou de violences. Un pari incertain, au regard des divergences qui ont opposé, tout au long de l’année, le président sortant Umaro Sissoco Embaló et une opposition vent debout contre la conduite du processus électoral.
Le futur président, quel qu’il soit, ne pourra évidemment pas résoudre d’un coup les problèmes structurels qui minent le pays depuis son indépendance il y a une cinquantaine d’années. Mais un scrutin apaisé, débouchant sur une proclamation des résultats sans incidents majeurs, constituerait déjà une victoire en soi. Ce qui n’est pas impossible. D’autant que plusieurs observateurs font valoir un optimisme reposant sur les éléments suivants : la campagne a été marquée par une atmosphère étonnamment détendue, parfois même festive, et la journée de vote s’est déroulée dans le calme, sans incidents significatifs relevés ni à Bissau ni dans les autres régions du pays. Pour beaucoup, les 860 000 électeurs semblent désormais décidés à tourner la page des crises politiques et des violences militaires qui ont longtemps dominé l’histoire nationale, afin de se concentrer sur les défis majeurs : pauvreté endémique, corruption, faiblesse des infrastructures, déficits éducatifs et sanitaires.
Mais à cette lecture optimiste se superpose une autre, plus préoccupante. L’opposition dénonce ce qu’elle considère comme un verrouillage du processus électoral au profit du président sortant. L’exclusion du PAIGC — principal parti d’opposition et force historique du pays — illustre, selon elle, un manque d’équité dans l’organisation du scrutin. Les opposants reprochent également à Umaro Sissoco Embaló une dérive autoritaire : prolongation de fait de son mandat, arrivé à échéance en février, et dissolution unilatérale du Parlement il y a deux ans, alors que celui-ci était largement dominé par l’opposition.
Ces tensions nourrissent la crainte de contestations si les résultats s’avéraient favorables au chef de l’Etat sortant. Malgré l’absence du PAIGC et de son leader Domingo Simões Pereira, certains analystes estiment en effet que le tandem formé par l’ancien président José Mário Vaz et l’indépendant Fernando Dias pourrait perturber les calculs d’Embaló. Leur dynamique pouvant être renforcée par les consignes de vote du PAIGC, qui soutient le second.
Dans ce contexte contrasté entre volonté populaire de stabilité et soupçons persistants sur l’équité du scrutin, la Guinée-Bissau joue une nouvelle fois une part essentielle de son avenir politique. Le véritable test sera moins dans le résultat que dans la manière dont celui-ci sera accueilli. Si le pays parvient à traverser cette séquence électorale sans heurts, il aura franchi une étape importante sur la voie de la consolidation démocratique.
Boubacar Sanso Barry


