C’est à l’élection de leurs 109 députés et aux nombreux conseillers communaux que les quelques 9 millions de Béninois étaient conviés ce dimanche 11 janvier. Mais on ne peut s’empêcher, derrière ce double scrutin, de se rappeler du basculement auquel on a failli assister il y un mois, quand quelques militaires ont pensé qu’il fallait imiter notamment leurs camarades du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Et justement, le maintien de ce calendrier électoral, un mois après cette tentative avortée de déstabilisation du pays, est à saluer, dans la mesure où la tenue de ces élections sonne comme un autre désaveu pour les putschistes. Un désaveu d’autant plus cinglant que les électeurs, en y participant, l’ont validé, même si le taux de participation pourrait ne pas être fameux. Toutefois, la tentative de coup d’Etat du 7 décembre dernier doit donner lieu aux enseignements qu’il faut pour éloigner définitivement le pays du spectre de cette sombre perspective.
A Patrice Talon, on peut faire de nombreux reproches. Mais le fait d’avoir maintenu la tenue des élections législatives et communales à la date initialement arrêtée aura été une bonne chose. D’autant que dans de nombreux autres pays du continent, le putsch avorté d’il y a un mois aurait pu servir de prétexte pour s’offrir des prolongations à la tête du pays. Or, il se trouve qu’en faisant tenir ces scrutins à la date initiale, on envoie sans doute le message qu’il faut à tous ceux qui rêvent de remettre les acquis plutôt enviables du Bénin, notamment en matière de stabilité. Au lieu de céder à la peur et aux incertitudes, avec ces élections, les autorités et les populations réaffirment leur foi en un pays plus fort de ses institutions. Par le double vote d’hier, le Bénin réduit la tentative de coup d’Etat à l’évènement marginal qu’il est et qu’il doit demeurer, par rapport à la grande marche du pays.
Encore que le message symbolique qui se cache derrière ces élections ne saurait suffire à exorciser les démons qui, le 7 décembre 2025, ont failli précipiter le Bénin dans le gouffre. Pour réduire à néant toutes les menaces du même type qui continuent à roder, il faut s’attaquer aux causes structurelles que les oiseaux de mauvais augure ont tendance à instrumentaliser pour arriver à leurs fins. Au nombre de ces problèmes de fond, on a aujourd’hui la question de l’inclusivité du processus électoral. En effet, même si, à travers le parti Les Démocrates, l’opposition est partie prenante de ces législatives, son exclusion de fait de la présidentielle d’avril prochain, est une source de frustration qui peut toujours se révéler préjudiciable à la stabilité du pays. De même, la détention de nombreux opposants pour des motifs fort discutables, elle aussi, peut avoir des effets contre-productifs sur la cohésion nationale dont le président de la Commission électorale nationale autonome (CENA), Sacca Lafia, lui-même, dit qu’elle est pourtant le « pilier fondamental du développement du pays ». Bref, pour la viabilité du modèle béninois, dans une région de plus en plus agitée, les dirigeants doivent moins penser à leur « personne » qu’à la portée historique de leurs décisions et actes.
Produit du secteur privé, le président Patrice Talon a tendance à penser que les grandes réformes et la prospérité économique suffisent à bâtir un pays stable. Il faut reconnaître que c’est là un facteur non négligeable. Mais un pays ne se gère pas toujours comme une entreprise, et les seuls indicateurs économiques, même lorsqu’ils sont au vert, ne sauraient suffire. Les susceptibilités politiques, les perceptions sociales ainsi que les questions de droits humains et de libertés fondamentales constituent également des paramètres essentiels à prendre en compte, du moins si l’on ne se réclame pas de la doctrine du « après moi, le déluge ».
Boubacar Sanso Barry


