Des décès de citoyens en conflit avec la loi en milieu carcéral, récemment celui du colonel Claude Pivi, remettent au centre du débat la question de l’abandon des droits fondamentaux des détenus en République de Guinée. Une situation qui suscite inquiétude, indignation et désespoir au sein des communautés. Face à ce constat alarmant, plusieurs interrogations s’imposent : Les détenus ont-ils des droits qui doivent être respectés ? Les lieux de détention sont-ils devenus des cimetières où l’on enterre des corps ? Pour apporter des éléments de réponse, notre rédaction a rencontré, ce mercredi 14 janvier 2026 à N’Zérékoré, le coordinateur régional du collectif des ONG de défense des droits humains.
D’entrée de jeu, le défenseur des droits humains a tenu à rappeler un principe fondamental : un détenu n’est ni un esclave, ni un objet, encore moins une personne sans valeur. Selon lui, toute personne privée de liberté conserve des droits, tout en étant soumise à des obligations.
Il insiste par ailleurs sur l’usage des termes :
la prison n’est pas un lieu de relégation définitive, mais un lieu de détention, avec une vocation bien précise.
« C’est un lieu de passage pour un citoyen ayant commis une infraction à la loi pénale, que ce soit un crime ou un délit. On le retire de la société pour qu’il purge sa peine, d’une part, mais d’autre part, pour qu’il puisse être rééduqué, sensibilisé, afin qu’il comprenne que ce qu’il a commis n’est pas une bonne chose et qu’au retour dans la communauté, il change de comportement. C’est cela », a précisé Emmanuel Fassou Sagno.
Le coordinateur reconnaît que les causes de la délinquance sont multiples : environnement social, précarité, manque de soutien. Toutefois, insiste-t-il, l’auteur d’une infraction demeure seul responsable de ses actes.
Mais cette responsabilité pénale ne saurait justifier la négation des droits humains en détention.
« Un détenu a des droits qu’on doit respecter. Le détenu a droit à la santé. Dès lors qu’un citoyen est en prison, il revient à l’État, et à l’État lui-même, d’offrir aux détenus les soins de santé. C’est l’une de ses missions régaliennes. Le détenu a droit de manger ; il a droit à un logement propre et hygiénique. Il doit avoir accès à l’information. Il doit avoir accès à ses parents, à des visites dans sa cellule. Mais malheureusement, dans notre pays, ce que nous vivons est déplorable. Très déplorable. Que ce soit dans les maisons d’arrêt ou dans les maisons centrales, un peu partout en Guinée, nos lieux de détention ne sont pas souvent vivables », a-t-il déploré.
Profitant de cette tribune, Emmanuel Fassou Sagno a lancé un véritable cri de cœur à l’endroit des autorités guinéennes.
« C’est un cri de dépression et de désillusion. C’est aussi pour moi une occasion d’interpeller les pouvoirs publics chargés de gérer nos maisons de détention et d’arrêt. Les droits des détenus font partie des conventions que la Guinée a ratifiées et signées. Ils figurent également dans les conventions internationales, ainsi que dans les dispositions prévues par la Constitution et les lois organiques. Pourquoi donc n’offre-t-on pas les soins nécessaires aux détenus à temps ? », s’est interrogé Emmanuel Sagno.
Selon lui, bien que certains efforts soient consentis à la maison centrale pour réduire le nombre de décès en détention, la responsabilité de l’État demeure entière en cas de manquement grave.
« Si un prisonnier meurt en détention par la faute des agents de l’État, parce qu’il n’a pas reçu les soins nécessaires lorsqu’il était malade, parce qu’il n’a pas bien mangé, parce que la nourriture qui lui a été donnée ne lui a pas permis de survivre, on devrait poursuivre les agents pénitentiaires chargés de la gestion, de l’encadrement et du suivi des personnes incarcérées », a martelé Emmanuel Fassou Sagno.
Foromo Fazy Béavogui, depuis N’Zérékoré.


