Les audiences criminelles ont officiellement démarré ce matin au tribunal de première instance (TPI) de Kankan. Au total, huit dossiers criminels sont inscrits au rôle. Une dizaine d’accusés y sont poursuivis pour des faits graves, notamment meurtre, vol à main armée, association de malfaiteurs, viol sur mineure, menace de mort, ainsi que d’autres infractions connexes.
Exceptionnellement délocalisées dans la salle d’audience de la cour d’appel de Kankan, ces audiences ont mobilisé autorités administratives et judiciaires, victimes et parents, acteurs de la société civile ainsi que de nombreux citoyens. Sur le banc des accusés, près d’une vingtaine de personnes, dont certaines du troisième âge.
Le procureur de la République près le TPI de Kankan, Fodé Bintou Keita, a rassuré quant au traitement rigoureux et impartial des dossiers, promettant une justice rendue sans passion.
« Les faits qui seront examinés par des professionnels du droit portent sur des agissements extrêmement graves, dont des faits de meurtre où certains citoyens ont été tués par d’autres, des mains amputées jusqu’au poignet à l’aide d’armes blanches, des vols à main armée et associations de malfaiteurs, des viols sur mineure, des menaces de mort et plusieurs autres infractions connexes, afin que plus jamais de telles infractions ne se renouvellent dans notre ressort judiciaire, car l’impunité engendre la récidive. Les faits qui seront analysés, examinés et débattus contradictoirement lors de cette audience criminelle ont troublé la quiétude dans la cité et suscité une colère légitime au sein de la ville de Kankan et, par extension, sur toute l’étendue du territoire national. Le parquet ne tolérera aucune violation de la loi et ceux qui se sont donné pour vocation de troubler l’ordre public me trouveront sur leur chemin, et nous ferons usage de ce que la loi nous recommande de faire », a-t-il affirmé.
Parmi les affaires inscrites figure celle de Moussa You Condé, résident à Sanana, dans la commune rurale de Gbérédou-Baranama. En septembre 2024, il a perdu un enfant et un autre a été amputé du bras à la suite d’un conflit domanial. Un an après les faits, il dit nourrir l’espoir de voir la justice rendue.
« Je remercie le bon Dieu pour ce jour tant attendu. Je suis un peu soulagé ce matin après ce qui m’est arrivé. Les gens sont venus s’en prendre à ma famille et à mon village à cause d’un domaine qui est le mien. Il y a eu beaucoup de blessés et, dans ce lot, je ne vois malheureusement pas tous les mis en cause sur le banc des accusés. Je crois qu’au moment venu, les crimes dont je fus victime seront jugés. Je retrouve de nouveau le sourire, bien que certains manquent encore à l’appel », espère-t-il.
Les autorités locales et les citoyens présents accordent une importance particulière à la tenue de ces audiences. Pour beaucoup, elles constituent un signal fort dans la lutte contre l’impunité et pourraient contribuer à réduire la criminalité dans la région de Kankan.
Michel Yaradouno, depuis Kankan


