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Sanoyah : quand le déguerpissement vire aux accusations, chaque camp se défend

Dans la commune urbaine de Sanoyah, les opérations de déguerpissement engagées par les autorités ont récemment donné lieu à des accusations visant Aboubacar Sabari Conté, conseiller communal chargé des opérations liées aux emprises. En cause : des femmes du marché de fruits, qui l’accusent d’avoir outrepassé ses prérogatives et d’avoir guidé la machine ayant démoli leurs magasins. Des accusations qu’il rejette catégoriquement.

Interrogé ce jeudi 12 janvier, Aboubacar Sabari Conté a balayé ces allégations d’un revers de main.

« Cette mission de déguerpissement est confiée, nous le savons tous, à la Direction générale de la police ainsi qu’à la direction chargée des opérations. Moi, je suis chargé des emprises. Dans cette opération, nous avons procédé avant tout au marquage et à la sensibilisation, en les invitant à libérer les emprises. L’endroit où elles vendent est un parc destiné au débarquement des produits avant leur revente au marché. Mais malheureusement, elles l’ont transformé en lieu de commerce », a-t-il déclaré d’entrée.

Selon lui, l’espace évoqué par ces femmes constitue une voie stratégique desservant plusieurs quartiers. Sa fermeture pénaliserait fortement les riverains.

« Toutes les femmes qui parlent ou m’accusent, aucune n’a perdu ne serait-ce qu’une aiguille dans ce déguerpissement. Elles ne sont même pas commerçantes ; ce sont elles qui perçoivent les taxes auprès des femmes du marché. Ce qu’elles disent n’est pas vrai. Ce n’est pas nous qui pilotons la mission, mais plutôt la police. Dire que j’ai demandé au conducteur de la machine de tout raser est faux. La machine de la DATU était devant, mais malheureusement, elle a crevé un pneu, ce qui l’a obligée à faire demi-tour, pas pour autre chose. Sur les lieux, je n’ai jamais échangé avec ces femmes et je n’ai donné aucune orientation. Je n’étais même pas présent pendant cette opération. Et les appels que j’émettais n’étaient pas destinés au maire, mais aux responsables des opérations (police et DATU) », a-t-il martelé.

Pour Aboubacar Sabari Conté, la colère des femmes s’expliquerait par la menace pesant sur leurs intérêts.

« Ce sont ces femmes qui récupèrent toutes les taxes des camions qui déchargent là-bas. Comme elles ont vu que nous voulons assainir les lieux pour libérer le passage aux citoyens et empêcher les camions de stationner dans le désordre, elles s’y opposent. Je profite de l’occasion pour leur dire que la mission qui nous a été confiée pour ce déguerpissement, c’est tolérance zéro. Personne ne sera toléré. Ce sont les hangars qui ont été déguerpis pour faciliter le passage des citoyens. Personne ne peut nous dire que ce n’est pas un passage », a-t-il souligné.

Malgré l’opération, certaines occupent toujours les lieux. Mais, assure-t-il, la situation ne durera pas : elles seront toutes déguerpies dans les heures à venir et l’espace servira de base à la CMIS.

« Si elles veulent des espaces pour vendre, nous en avons à Sanoyah Textile, à Kountiah et à la CBA. Nous les invitons à aller s’installer là-bas et à libérer la route », a-t-il affirmé.

De son côté, Madame Doumbouya Yakha Camara, conseillère communale et administratrice du marché de fruits, dit avoir soutenu l’initiative de déguerpissement dès le départ.

« J’ai été la première à libérer la route avant qu’ils ne viennent mettre les croix. Ils ont marqué une limite de 15 mètres, mais, par mesure de sécurité, je suis allée jusqu’à 30 mètres. J’ai moi-même déguerpi les femmes sur les lieux », a-t-elle expliqué.

Selon elle, le jour de l’opération, elle était absente. « Ça a été une surprise pour moi, sachant que j’avais déjà respecté toutes les limites. Tout s’est passé en mon absence, entre les femmes et les conducteurs de la machine. Dire de dégager la route, moi, Yakha Camara, j’y suis favorable et j’ai accompli mon devoir dans ce sens. C’est Sabari lui-même qui est venu mettre la croix. J’ai toujours servi d’exemple : dès que j’ai enlevé mes conteneurs, toutes les autres femmes ont emboîté le pas », a-t-elle confié.

Malgré ces efforts, elle se dit surprise par la tournure des événements. « Je suis donc surprise de ce qu’il a fait. Et si l’État a besoin de cet espace, nous n’avons aucun droit de nous y opposer. S’il a besoin de nous, nous nous mettrons à sa disposition. Vous savez, quand on fait quelque chose à une femme sans qu’elle ne comprenne, elle peut facilement s’énerver. C’est ainsi que les femmes se sont mises en colère, d’autant plus que j’étais absente », a-t-elle affirmé.

Elle conclut en adressant une requête aux autorités : « Nous demandons aux autorités de voir si cet espace n’entrave pas la circulation et de l’aménager afin que les femmes puissent s’installer confortablement ».

En attendant une éventuelle réaction du gouvernement, les regards restent tournés vers les sites proposés par les autorités communales pour accueillir un nouveau marché, notamment à Sanoyah Textile.

Balla Yombouno

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