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Nomination des Conseillers à la Primature : la culture et les arts, encore aux oubliettes

La liste des 20 conseillers du Premier ministre est désormais officielle. Elle dessine des priorités, révèle des stratégies, projette une vision. Mais à la lecture attentive de cette nomenclature, une absence interpelle. On ne retrouve aucun conseiller chargé aux Arts et aux Industries Culturelles et Créatives (ICC).

Ce silence institutionnel est-il anodin?

Partout dans le monde, les ICC ont quitté la périphérie symbolique pour intégrer le cœur des stratégies économiques. Le Royaume-Uni a structuré un écosystème public fort autour des industries créatives, devenues un pilier de son économie en nommant en 2024, Shriti Vadera présidente du conseil des industries créatives du Royaume-Uni. La France a engagé une stratégie nationale d’accélération des ICC, articulée avec l’innovation, le numérique et l’export. Cette action s’inscrit dans le cadre de France Relance et du 4ème Programme des investissements d’avenir (PIA 4), initiée par la ministre de la culture Roselyne Bachelot et Guillaume Boudy, secrétaire général pour l’investissement le 28 septembre 2021 avec un fonds de 400 M€ sur 5 ans (2021-2025).

Pourquoi cet intérêt ? Parce que la culture génère de la valeur, de l’emploi, de l’influence, du PIB.

En Guinée, une avancée notable a été enregistrée en 2025 avec la création d’une Direction des Industries Culturelles et Créatives au sein du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat. C’était un signal positif. Une reconnaissance institutionnelle attendue. Mais une direction technique ne suffirait pas elle-seule à transformer un potentiel économique en stratégie nationale.

Les Industries Culturelles et (ICC) sont transversales par nature. Elles touchent aussi à la fiscalité, à l’emploi, à la formation professionnelle et technique, au commerce, à l’investissement, à l’industrie, à l’enseignement supérieur et à l’innovation. Sans coordination au sommet de l’exécutif, elles restent fragmentées, dépendantes d’initiatives isolées, souvent sous-financées et parfois incomprises par les ministères concernés.

Nommer un conseiller aux Arts et aux Industries Culturelles et Créatives à la Primature ne serait pas un geste symbolique. Ce serait un choix stratégique. Ce serait reconnaître que la musique, l’audiovisuel, la mode, le design, l’artisanat, le patrimoine et la création numérique constituent un gisement d’emplois pour une jeunesse majoritaire. Ce serait engager la formalisation d’un secteur encore largement informel, avec à la clé une nouvelle assiette fiscale et une contribution mesurable au produit intérieur brut. Ce serait renforcer la souveraineté culturelle et numérique de la Guinée à l’heure où les plateformes mondiales redessinent les chaînes de valeur.

Au-delà de l’économie, il y a l’influence. Le soft power n’est plus un luxe diplomatique. Il est un outil stratégique. Les nations qui investissent dans leurs industries créatives exportent leur imaginaire, attirent des investissements, consolident leur image. Or la Guinée a des talents, elle a une richesse culturelle, elle a même commencé à poser des jalons institutionnels. Mais sans impulsion politique forte au plus haut niveau, le potentiel restera sous-exploité. La question n’est donc pas culturelle. Elle est politique et économique.

À l’heure où le pays cherche à diversifier ses leviers de croissance, ignorer les Industries Culturelles et Créatives dans l’architecture stratégique de la Primature revient à négliger une chaîne de valeur essentielle. Ne pas intégrer un conseiller aux Arts et aux ICC à la Primature, c’est ignorer trois réalités fondamentales. Premièrement, la culture est une économie. Elle nécessite une coordination interministérielle notamment entre la culture, le tourisme, l’artisanat, les finances, la fiscalité, l’emploi et la protection sociale, l’économie numérique, le commerce, l’alphabétisation, la formation professionnelle et technique, l’enseignement supérieur et l’innovation. Sans expertise dédiée au sommet de l’exécutif, la transversalité indispensable aux ICC reste théorique.

Deuxièmement, les ICC constituent un outil puissant de stabilisation sociale. Dans un pays à forte démographie jeune (70%), structurer l’entrepreneuriat culturel et créatif est une réponse concrète au chômage, à l’informalité et à la migration forcée des talents. Et troisièmement, la culture est un instrument d’influence géopolitique. Le soft power ne se décrète pas, il se construit par des politiques publiques cohérentes, pilotées par des profils capables de traduire la créativité en stratégie nationale.

Corriger cet angle mort ne serait pas un privilège accordé aux acteurs des Industries Culturelles et Créatives (ICC), ce serait un investissement quk garantit aux créatifs et à l’innovation, une fenêtre ouverte sur un avenir où ils ont la voix aux chapitre.

Cheick Alpha Ibrahima Camara
Entrepreneur | Consultant en Industries Culturelles et Créatives | Gérant de Sânsi Hub

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