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Crise à la frontière Guinée–Liberia : Conakry exige le retour du drapeau déplacé à Kiéssènèye

La crise frontalière survenue entre la Guinée et le Liberia, dans la zone de Kiéssènèye, à la frontière entre Gueckédou et Foya, semble désormais s’orienter vers un dénouement apaisé. À l’origine de cette tension : une opération d’extraction de sable dans le fleuve Makona, survenue entre fin février et début mars. Ce dimanche 8 mars 2026, le ministre guinéen de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le général Ibrahima Kalil Condé, à la tête d’une importante délégation, a reçu à Gueckédou une mission gouvernementale libérienne conduite par le ministre des Affaires intérieures. La délégation comprenait également plusieurs hautes personnalités, dont le chef d’état-major général des armées du Liberia.

Pendant plusieurs heures, les deux parties ont passé au peigne fin les différents aspects de cette crise afin d’en comprendre les origines et d’identifier une solution consensuelle.

Acteur clé dans la médiation, le président préfectoral de Bèmakissi, Gabriel Kambadouno, est longuement revenu sur la genèse de cette affaire.

« Lors de la visite du ministre libérien des Affaires intérieures pour des salutations d’usage à Kagama, en Sierra Léone, où j’étais aussi, le ministre a attiré mon attention en me disant qu’il voulait échanger avec le préfet de Gueckédou sur un fait qui concerne l’extraction du sable. À mon retour en Guinée, j’ai fait le compte rendu au préfet, qui à son tour a rendu compte à sa hiérarchie. Après, il m’a ordonné de partir l’écouter. En partant, je suis venu avec les membres de Mano River Union pour rencontrer le ministre. Dans son intervention, le ministre des Affaires intérieures nous a fait comprendre qu’ils ont projet de faire des routes dans la contrée de Foya. Donc, pour ce faire, ils auront besoin du sable à partir de la Makona », relate Gabriel Kambadouno.

Il poursuit : « Déjà, sur le terrain, la société en charge des travaux avait commencé à extraire le sable à l’aide d’une machine. Et aux dires du ministre, il a été étonné de voir que les militaires guinéens étaient venus prendre cette machine et l’amener en Guinée. Après ses explications, on lui a dit : OK, nous, on n’était pas informés. Mais à notre retour, on rendra compte et on saura quoi faire. Sur place, la société avait une autorisation d’extraction du sable pour une période d’un mois, datant de 2025, délivrée par l’ancien préfet de Gueckédou. Comme ce document n’était plus d’actualité, pour reprendre les activités, ils devraient demander à nouveau l’autorisation. On leur a dit que s’il s’agissait du développement de Foya, cela ne pose aucun problème. Nous allons plaider auprès de nos autorités et elles vont vous accorder cela. Ces deux peuples sont des frères et sœurs. À notre retour, quand on a fait le compte rendu au préfet, il nous a fait savoir que c’était lui qui a ordonné de saisir cette machine parce qu’il ne savait pas dans quel but ils le faisaient et qui les avait autorisés ».

Selon lui, la situation semblait se diriger vers une solution pacifique avant un nouvel incident.

« Quand on a montré l’autorisation au préfet, il nous a dit : comme c’est pour le développement de nos communautés, vous sages de Guinée et du Liberia, nous allons mettre un technicien des mines à votre disposition et vous allez les inviter afin de trouver la solution au problème. Sur ce, on a invité nos confrères du Liberia ici à Gueckédou et ils ont répondu favorablement à notre invitation. À leur arrivée, on a informé le préfet qui a désigné son secrétaire général d’être à nos côtés. Lors de cette réunion du 5 mars, on s’est convenu que si c’est pour développer nos communautés, nous allons demander à nos autorités qu’elles puissent vous délivrer une autre autorisation et comme ça, vous allez extraire le sable. Ils sont repartis très contents. Mais à notre fort étonnement, le 6 mars dernier, on a été alertés par les forces de défense et de sécurité postées à cette frontière que le drapeau libérien, qui était à 800 mètres, a été déplacé et se trouve maintenant à un mètre du fleuve », plaide Gabriel Kambadouno.

Prenant la parole à son tour, le ministre guinéen de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a salué l’implication des chefs d’État de la sous-région.

« Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la concrétisation d’une vision d’intégration et de paix dans la sous-région. L’objectif de cette rencontre, c’est d’aplanir les incompréhensions qui sont inhérentes à l’existence des communautés qui vivent de part et d’autre, non seulement des frontières, mais qui partagent aussi les mêmes coutumes », a déclaré le général Ibrahima Kalil Condé.

Le ministre guinéen a toutefois dénoncé ce qu’il qualifie d’occupation illégale d’un site situé sur le territoire guinéen.

« Nous sommes alors désagréablement surpris de constater les actes d’occupation du site de Kiéssènèye. Le message du président de la République, Mamadi Doumbouya, est clair : renforcer la cohésion sociale entre les deux peuples kissi de la Guinée et du Liberia. À ce titre, il faut renforcer les cadres de concertation pour discuter de tous les problèmes et trouver des solutions dans l’intérêt des deux pays. Pour rappel, au premier sommet de l’OUA, en 1963 à Addis-Abeba, les chefs d’État membres ont retenu le principe de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation. Aujourd’hui, les États voisins ont la responsabilité de réaffirmer ces frontières en privilégiant le dialogue et la concertation. Alors, ce que je demande, c’est de retourner le drapeau à sa position initiale », a averti le ministre Condé.

Au nom du gouvernement libérien, le ministre des Affaires intérieures, Niuma Ley, a également salué l’esprit de dialogue ayant prévalu lors de cette rencontre.

« Nos chefs d’État sont déterminés à promouvoir l’intégration sous-régionale et le maintien de la paix. Le peuple libérien kissi, le peuple kissi de Guinée et le peuple kissi de la Sierra Léone sont un seul peuple. Nous n’étions pas au courant de cet incident. À l’issue de cette rencontre, le drapeau sera remis à sa place. Ce que je propose à mon homologue de la Guinée, c’est qu’il y ait des rencontres périodiques entre nous, ministres de l’Intérieur de la sous-région. Cela va nous permettre de cerner les choses et de trouver rapidement des solutions », a-t-il suggéré.

La rencontre s’est achevée sur une note de satisfaction dans la salle de réunion du bloc administratif de la préfecture de Gueckédou, qui a servi de cadre à ces échanges diplomatiques.

Niouma Thèdan Kamadou Kamano pour Ledjely.com

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