Pour l’ancien président sénégalais Macky Sall, candidat pressenti à la succession d’Antonio Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies (ONU), les perspectives semblent de plus en plus compromises. Certes, l’ex-chef d’État affirme maintenir son ambition de briguer le poste de secrétaire général. Mais, privé désormais du soutien officiel de l’Union africaine et même de celui de son propre pays, sa candidature apparaît sérieusement fragilisée. De fait, ses chances de parvenir au sommet de l’instance onusienne s’amenuisent considérablement. Bien sûr, un éventuel échec priverait l’Afrique d’une opportunité de placer l’un de ses fils à la tête de l’ONU. Mais, à y regarder de plus près, les réserves exprimées par certains États ne sont ni anodines ni infondées. Mieux, elles pourraient constituer un signal fort à l’endroit de dirigeants tentés par des dérives autoritaires. A condition toutefois que cette exigence de rigueur ne s’applique pas au seul cas de Macky Sall.
Une candidature bancale
L’ancien président sénégalais espérait-il, à travers une telle fonction, se reconstruire une image internationale, voire bénéficier d’une forme de réhabilitation politique ? La question mérite d’être posée. Car son bilan reste lourdement contesté. Il lui est notamment reproché les violences politiques survenues entre 2021 et 2024, ayant entraîné la mort de plusieurs dizaines d’opposants, ainsi que des accusations relatives à une dette dissimulée laissée à ses successeurs. Autant d’éléments qui, aujourd’hui, pèsent sur sa crédibilité internationale. Dans ce contexte, sa candidature apparaît de plus en plus isolée. Privé de soutiens majeurs, y compris au sein du continent africain, Macky Sall avance désormais avec un dossier fragilisé, sinon bancal. En temps normal, une telle division autour de la candidature d’un Africain à un poste international de premier plan devrait susciter une levée de boucliers au nom de la solidarité continentale. Mais, dans le cas présent, la réticence de certains Etats peut se comprendre.
Un juste retour de bâton
Car une question de fond se pose : quelle crédibilité pour une institution censée promouvoir la paix, la démocratie et les droits humains, si elle venait à être dirigée par un responsable dont le bilan à la tête de son pays est fortement controversé ? La solidarité africaine ne saurait, à elle seule, absoudre certaines pratiques. A cet égard, le refus de certains Etats africains d’apporter leur soutien à Macky Sall peut être interprété comme un signe de maturité politique. Un rappel que l’accès aux plus hautes responsabilités internationales suppose, au-delà des considérations géopolitiques, une certaine exemplarité. Certains objecteront qu’en l’absence de condamnation judiciaire, aucun obstacle légal ne s’oppose à sa candidature. Soit. Mais la légalité ne suffit pas toujours à garantir la légitimité. Et dans l’opinion, les épisodes de violences politiques survenus durant son mandat restent vivaces. Dès lors, la situation actuelle apparaît comme un retour de bâton pour celui qui avait privilégié le maintien au pouvoir au détriment de la stabilité de son pays.
Jurisprudence politique
Au-delà du cas individuel de Macky Sall, cette séquence pose une question plus large : celle de la tendance, en Afrique, à voir certains dirigeants, contestés dans leur propre pays, se recycler dans des fonctions internationales prestigieuses. L’histoire récente offre d’ailleurs des précédents. Le cas de Blaise Compaoré est souvent cité, lui à qui certains partenaires auraient, en son temps, suggéré des perspectives au sein d’organisations internationales pour faciliter sa sortie du pouvoir. A chaque fois, la même interrogation revient : quel message envoie-t-on lorsque des dirigeants accusés de mauvaise gouvernance ou de dérives autoritaires accèdent à des fonctions encore plus prestigieuses ? Celui d’une récompense, là où l’on attendrait des mécanismes de reddition de comptes. C’est pourquoi, si elle se confirme, la mise à l’écart de Macky Sall pourrait faire figure de précédent. Une forme de jurisprudence politique, appelant à davantage d’exigence et de cohérence dans la désignation des responsables internationaux. Encore faut-il que cette règle s’applique de manière équitable et constante.
Boubacar Sanso Barry




