Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, conteste vigoureusement les chiffres officiels de participation à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Alors que la Direction générale des élections (DGE) annonce un taux de 80,92 %, l’ancien Premier ministre, invité de Rfi ce lundi 12 janvier, affirme, au contraire, que le scrutin a été massivement boycotté et qu’il s’est soldé par un désaveu du pouvoir.
Pour l’opposant, la présidentielle, tout comme le référendum constitutionnel qui l’a précédée, n’a pas suscité l’adhésion populaire. Il parle d’une « mascarade » électorale et met en cause la crédibilité des chiffres publiés par les autorités. « Vous savez bien que pour cette mascarade, aussi bien pour le référendum que la présidentielle, il n’y a pas eu de vote. C’était un désaveu pour le régime. Parce que les Guinéens ne se sont pas déplacés pour aller vers les urnes, même s’ils ont proclamé des chiffres qui n’ont rien à voir avec la réalité. Leur intention est de confisquer par la ruse et la violence, le pouvoir », a-t-il déclaré.
Selon Cellou Dalein Diallo, nulle part dans le pays, la participation n’aurait atteint le seuil de 30 %, encore moins les plus de 80 % avancés par la DGE. Il soutient que la faible mobilisation était particulièrement visible dans la région de Labé, considérée comme un bastion de l’UFDG, opposée au processus électoral. « La participation au niveau national, ils disent qu’elle est supérieure à 80 %, mais elle n’a jamais atteint 30 % nulle part, aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Dans la région de Labé, la participation a été inférieure à 20 % », affirme-t-il.
Pour étayer son propos, le leader de l’UFDG évoque des pressions exercées, selon lui, sur des responsables locaux de la campagne présidentielle dans cette région. Ceux-ci seraient accusés par les autorités d’avoir détourné les fonds destinés à la mobilisation des électeurs, ce qui expliquerait la faible affluence dans les bureaux de vote. Une lecture que récuse l’ancien chef du gouvernement : « Aujourd’hui, ils sont en train de harceler les gens qui avaient reçu le budget de financement de cette campagne pour leur dire que ce sont eux qui ont détourné l’argent, et que ce qui explique que les gens ne sont pas sortis. Mais ce n’est pas ça, les gens ont respecté la consigne donnée par les Forces vives, notamment l’UFDG dont c’est le fief », soutient-il.
Cette sortie s’inscrit dans un contexte de relations de plus en plus tendues entre Cellou Dalein Diallo et le pouvoir de Conakry. Après avoir, dans un premier temps, salué la chute d’Alpha Condé à la suite du coup d’Etat du 5 septembre 2021 et exprimé une certaine bienveillance à l’égard du CNRD, l’opposant est rapidement entré en conflit avec le nouveau pouvoir. Son expulsion de sa résidence de Dixinn, dans le cadre de la récupération des domaines de l’Etat, ainsi que les poursuites engagées contre lui dans le dossier de la cession d’Air Guinée, ont été perçues par son camp comme des manœuvres politiques destinées à l’écarter de la scène électorale.
Empêché de prendre part à la présidentielle du 28 décembre, faute d’avoir été enrôlé sur le fichier électoral, Cellou Dalein Diallo estime que ce scrutin s’inscrit dans une stratégie plus large de confiscation du pouvoir. A ses yeux, la faible participation populaire, qu’il dit établie, constitue un signal fort de rejet du processus et de remise en cause de la légitimité du nouveau président. Une lecture que les autorités guinéennes contestent, en s’appuyant sur les chiffres officiels et sur la reconnaissance internationale du scrutin.
N’Famoussa Siby


