Le secrétaire exécutif de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), Dr Mohamed Bérété, était face à la presse ce jeudi 19 février 2026 pour présenter les missions de son institution, faire le point sur les dossiers en cours et clarifier ses rapports avec la Présidence de la République.
Placée « directement sous l’autorité du président de la République », l’agence, selon son premier responsable, applique la politique nationale en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance.
« L’ANLC-PBG, c’est l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance. Une institution placée directement sous l’autorité du président de la République, chef de l’État, pour appliquer la politique de l’État, naturellement conçue par le chef de l’État, en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance. C’est ça la mission phare qui est assignée à l’agence, donc appliquer la politique. Cette politique est articulée autour d’un certain nombre d’axes. C’est d’abord la prévention de la corruption mais aussi la détection et éventuellement la répression de la corruption. Ce sont là les vraies expressions de l’ensemble des activités que nous devons mener », a-t-il indiqué.
Poursuivant, Dr Mohamed Bérété a rappelé que l’ANLC-PBG dispose d’un pouvoir d’autosaisine, lui permettant d’ouvrir des investigations sur la base de soupçons jugés sérieux. Il a également insisté sur la possibilité offerte aux citoyens de dénoncer des faits de corruption, y compris de manière anonyme.
« Nous avons la compétence d’autosaisine. On peut donc, dès qu’on a des soupçons réels, sérieux, sur une institution, sur une personne, interpeller la personne ou l’institution concernée pour lui poser des questions relatives à nos appréhensions sur des faits de corruption ou pratiques assimilées dont nous aurions connaissance. Il y a aussi que chaque citoyen que nous sommes, que vous êtes, avez la possibilité de dénoncer les faits de corruption que vous observez autour de vous. Vous n’êtes pas assujetti à décliner forcément votre identité. Même si vous nous dites votre nom, nous avons l’obligation, à travers le service naturellement créé à cet effet, le service alerte, d’assurer toutes les conditions de votre protection afin que personne ne sache que c’est vous qui avez communiqué l’information à l’agence que nous sommes », a-t-il expliqué.
Sur le plan judiciaire, plusieurs affaires ont été transmises à la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). D’autres sont toujours en instruction.
« Du point de vue détection et répression, beaucoup d’affaires ont été déférées auprès de la CRIEF. La CRIEF est en train de les examiner actuellement et d’autres sont en instruction. Et lorsqu’une affaire est en instruction, comme vous le savez, naturellement, c’est le secret total qui doit l’encadrer jusqu’à ce que nous ayons toutes les données la concernant, avant de faire nos conclusions à leur sujet. Donc, certaines affaires sont effectivement en examen au niveau de la direction des affaires juridiques et financières, qui, elle, est subdivisée en deux grandes divisions : la division des investigations financières et la division des investigations judiciaires », a-t-il souligné.
Il précise qu’une dizaine de dossiers sont actuellement en phase avancée d’examen, soulignant que les procédures sont conduites avec minutie et dans le respect des principes juridiques.
« L’examen est très minutieux, très méticuleux, parce qu’il faut recouper les faits, les données, les déclarations, accepter le contradictoire, respecter vraiment le principe de bonne foi, respecter le principe de la présomption d’innocence (…) Donc on ne se précipite pas, mais nous allons sûrement et nettement », a-t-il poursuivi.
Interrogé sur l’indépendance réelle de l’agence, en raison de son rattachement à la Présidence, le secrétaire exécutif affirme que le chef de l’État a donné des instructions claires.
« Le président de la République a été suffisamment clair, il ne couvrira personne. Il nous l’a dit, on ne doit vraiment pas protéger quelqu’un, qu’il soit proche de lui, qu’il ne soit pas proche de lui. Quiconque sera impliqué dans un fait de corruption, et s’il a appris un départ des services de notre institution, naturellement, il devra répondre à la convocation qui lui est adressée et venir répondre aux questions. S’il n’a commis aucun fait de corruption, naturellement, nous dirons qu’il n’a pas commis de corruption et que ce sont des allégations qui n’étaient pas fondées. Mais si les allégations sont fondées et qu’il est établi qu’il a vraiment trempé dans des affaires de corruption, il ne peut pas avoir absolument une quelconque assistance ou une protection de la part du président de la République. Il est ferme là-dessus, c’est une instruction qu’il nous a donnée », a-t-il rassuré.
Il ajoute : « Ça n’entrave absolument pas notre capacité d’agir. C’est partout dans tous les pays du monde, de toute façon, l’institution est rattachée au président de la République. C’est le garant de l’ensemble du système de fonctionnement de l’État. Il est le chef de l’État, donc il est le garant du fonctionnement régulier et correct de l’ensemble des structures, des institutions. Je viens de vous dire qu’il a déclaré lui-même, et naturellement, je pense qu’aucun fait n’est venu contrarier cela encore, qu’il ne protégera personne, qu’il ne défendra personne qui serait impliqué dans une sorte de corruption ou de détournement de l’économie publique. Donc, à nous d’aller sur le terrain et voir si le président va nous arrêter. Il ne nous arrêtera pas. Voilà, il n’interfèrera pas ».
Le responsable distingue la « petite corruption », relevant des juridictions ordinaires, et la « grande corruption », qui relève de la compétence de la CRIEF.
« Vous savez, c’est ce qu’on dit souvent dans le langage courant, il y a la petite corruption et la grande corruption. Si c’est la petite corruption, c’est le tribunal ordinaire, mais si c’est la grande corruption (…) c’est naturellement la compétence de la CRIEF qui est établie », a-t-il souligné.
Au-delà de la répression, l’ANLC-PBG entend renforcer les actions de prévention et de sensibilisation à l’échelle nationale.
« Nous privilégions aujourd’hui davantage la sensibilisation, l’information et la répression, parce que c’est bien de réprimer, mais parfois, certains y sont simplement parce qu’ils ne connaissent pas trop ce que ça implique comme conséquences néfastes pour le développement économique (…) », a-t-il affirmé.
Dans un appel élargi, le Dr Mohamed Bérété a souligné que la lutte contre la corruption « concerne tout le monde » et a sollicité l’appui des citoyens, des partenaires techniques et financiers pour accompagner les campagnes d’information, notamment à l’intérieur du pays.
« La corruption ne concerne pas que notre seule institution, ça ne concerne pas que la presse, ça concerne tout le monde. Ça concerne les particuliers, ça concerne les pouvoirs privés, ça concerne les forces de l’ordre, ça concerne les simples citoyens qui vivent au village là-bas dont le niveau de vie peut être rehaussé si naturellement on arrive à bout du phénomène de la corruption. Les ressources qui pourraient être générées peuvent être utilisées pour créer les conditions de vie absolument favorables à cette population-là. Donc, c’est tout le monde qui est concerné. Aussi, la deuxième chose que je vais solliciter, c’est vraiment l’aide, l’assistance et l’appui de tous les partenaires et de tous les financiers : le fait de nous accompagner dans les multiples efforts que nous devons mener, non pas dans le cadre de l’instruction des affaires, parce que ça, ça ne demande pas d’argent, mais dans les autres actions, notamment de sensibilisation, d’information, parce que ce sont de véritables campagnes que nous devons mener auprès des différentes structures qui vont nous conduire jusqu’à l’intérieur du pays, dans les coins les plus reculés », a-t-il conclu.
N’Famoussa Siby


