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Fespaco : l’Etalon dont la Tunisie ne devrait pas se féliciter

Le samedi 4 mars 2023, Youssef Chebbi, le réalisateur tunisien de 39 ans, s’en souviendra pour longtemps, sinon pour toujours. Ce jour consacre en effet son inscription dans le prestigieux palmarès du plus grand festival du cinéma africain, le Fespaco. Avec son film Ashkal, il a raflé le très convoité Etalon d’or du Yennenga de la 28ème édition de ce rendez-vous africain du 7ème art. Qu’il en soit félicité donc ! D’autant qu’à l’unanimité, les membres du jury ont reconnu la « rigueur » et l’originalité de son œuvre. Mais vu l’actualité sur le continent, on imagine bien que sa joie légitime doit être mêlée à une gêne tout aussi compréhensible. En effet, comment célébrer comme il se doit un prix obtenu à Ouagadougou au moment, où des migrants africains sont rapatriés par centaines de son pays, la Tunisie ? Comment ne pas percevoir le contraste entre cet Etalon d’or reçu des mains du capitaine Ibrahim Traoré et ces milliers de ressortissants africains traqués comme des bêtes, par des hordes racistes alimentées par les propos irresponsables de Kaïs Saïed ? Ce magnifique prix est donc une réponse fine au populisme et à l’intolérance du président tunisien. Même s’il n’est pas évident que ce président-là et ceux de ses compatriotes qui sont réceptifs à son message de haine, soient accessibles à la subtilité qui caractérise le langage de l’art.

Une réplique plus expressive

A la haine, au rejet et à la stigmatisation que lui réserve Kaïs Saïed, l’Afrique répond par la tolérance et la fraternité. Ainsi, au moment où les avions font des rotations entre Tunis et nombre de capitales africaines au sud du Sahara, c’est un réalisateur tunisien qui s’adjuge le prix le plus convoité de la 28ème édition du Festival africain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Un Tunisien sur la première marche du podium. Mais aussi une présidente du jury, elle aussi Tunisienne. En l’occurrence, il s’agit de Dora Bouchoucha. Par ailleurs, les prix de l’interprétation masculine et féminine, ont quant à eux, été attribués aux acteurs et actrices du film Sous les figues, de Erige Sehiri, elle aussi Tunisienne. C’est à croire que le sort, se servant de ce festival dédié cette année à la culture de la paix, a voulu envoyer un message à la Tunisie et aux Tunisiens. Un message qu’ils devraient se hâter de comprendre. Car si on continue à traquer et à violenter les noirs dans ce pays, l’Afrique devrait renvoyer une réplique plus expressive.

La Tunisie, pas si cohérente

Oui, parce qu’il y a bien des moyens de pression face à cette Tunisie qui n’est pas si heureuse de partager des valeurs communes avec l’Afrique noire. A commencer par les nombreux patients qui s’y rendent pour des soins et qui, de ce fait, rapportent à ce pays des milliards de dinars. Il y a également tous les produits notamment alimentaires qui achalandent les étals sur les marchés des capitales africaines ou sont stockés dans l’arrière-boutique des magasins dans ces mêmes villes. Si aux yeux des Tunisiens, les Africains noirs s’apparentent manifestement à de la peste, ils ne rechignent pas pour autant à prendre l’argent issu du commerce avec ces derniers. Voilà qui n’est pas très cohérent.

La complaisance à trop duré

D’ailleurs, il importe de relever ici l’étonnant silence dont font montre les institutions et les leaders africains depuis que cette crise a commencé. A l’exception d’une timide condamnation de la part de l’Union africaine, on n’aura rien entendu en effet. Par rapport à la gravité des propos tenus par le président tunisien et des attaques dont les ressortissants africains ont été victimes, c’est un silence que l’on ne comprend pas. D’autant que l’Afrique aurait été certainement plus bruyante si c’est un dirigeant occidental qui avait tenu les propos de Kaïs Saïed. Un racisme vaudrait-il plus qu’un autre ? De la part des dirigeants africains, le silence est encore plus préoccupant quand on sait que c’est leur incapacité notoire à répondre aux aspirations des jeunes qui poussent ces derniers à se jeter sur les routes périlleuses de l’émigration ? Qu’ils s’empressent de rapatrier leurs compatriotes devenus subitement des SDF dans les rues de Tunis, de Sfax et d’autres villes tunisiennes, cela relève d’une solution d’urgence qu’on se doit de saluer. Mais sur le long terme, ce n’est pas ça la solution. Sur la durée, ce sont les persécutions contre les noirs qu’il faudra faire cesser. Et pour cela, il faut tenir le discours de vérité à Kaïs Saïed et à tous ceux qui, comme lui, en Algérie, au Maroc, Egypte et en Libye, ont tendance à assimiler le noir au malheur ultime et à l’utiliser comme bouc-émissaire à tout bout-de-champ. Le racisme anti-africain, on l’a trop longtemps toléré de la part de nos amis maghrébins. Il est temps que cela s’arrête. La complaisance à trop duré. A bon entendeur salut !

Boubacar Sanso Barry

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