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Haute Guinée : Déconstruire le mythe autour de la non-collaboration des populations avec les programmes de développement

Toutes les rencontres des acteurs de la société civile et des PTF auxquelles j’ai eu l’honneur de participer dans la région de Kankan et dans les autres régions de la Guinée, j’ai chaque fois entendu cette phrase : « les gens sont difficiles dans votre région, ils sont réticents ».

Les projets et programmes doivent, pour leur réussite, obéir à une certaine démarche dans leur conception et la mise en œuvre des activités : l’approche participative.  Qui consiste à recueillir l’avis de l’ensemble des parties prenantes.

L’identification doit préalablement se faire dans la communauté concernée par le projet ; ce qu’on appelle scanner l’environnement à travers des assisses communautaire. Cette approche vise à identifier les besoins de la communauté avec sa participation et définir avec elle les piste de solution que le projet envisage d’apporter à leurs besoins. Les communautés peuvent dégager plusieurs besoins, mais il est préférable de commencer par le plus simple et qui peut impacter directement la vie des membres de la communauté. Par exemple, une communauté qui se trouve confrontée à un manque d’école, de centre de santé et d’adduction d’eau potable, cette communauté peut voir la construction de centre de santé et d’école comme prioritaire ; mais difficile de réaliser. Pour un résultat concret avec un impact direct sur la vie de cette communauté, et pour mériter sa confiance, il serait plus opportun de réaliser un forage dans la communauté que de se mettre sur les deux autres besoins difficiles et coûteux. Car construire un centre de santé ou une école et les équiper est un travail de longue haleine. Et généralement, les communautés sont impatientes car elles ne maitrisent pas les tenants et les aboutissants de la réalisation d’un projet.

Généralement, les porteurs de projet en Guinée ne vont jamais dans la zone d’intervention de leurs projets en vue d’une quelconque concertation préalable avec les bénéficiaires directs de leur projet. Souvent, les communautés ne s’identifient pas au projet supposé apporter des solutions à leurs besoins. Donc l’approche participative n’est pas de mise. Or, comme on le dit : tout ce qui est fait pour moi, sans moi est contre moi.

En Haute Guinée, les communautés tiennent assez au respect des coutumes et mœurs. Au nombre desquelles, la concertation et le respect de la notabilité.

La conception d’un projet peut être unilatérale, mais pour l’atteinte des résultats il est nécessairement indispensable d’associer les bénéficiaires à la planification et la mise en œuvre des activités.

Les parties prenantes sont ceux qui peuvent négativement ou positivement impacter l’atteinte des objectifs d’un projet. Donc, les bénéficiaires doivent faire partie des parties prenantes ; par conséquent, leurs avis doivent compter à toutes les étapes du cycle de vie du projet. Dans la plupart des cas, ils ne sont concertés ni à l’identification, ni à la conception, encore moins à la mise en œuvre des activités. Comment voulez-vous qu’ils coopèrent ?

Pire, les populations ne s’identifient pas généralement aux agents de mise en œuvre des activités. Comment pouvez-vous prendre des agents en Guinée forestière ou en Basse Guinée …pour la mise en œuvre des activités d’un projet en Haute Guinée ? La méconnaissance d’abord des valeurs culturelles des communautés est une barrière à l’atteinte des objectifs. Dans une de mes activités sur un sujet sensible (la vaccination) à Batè Nafadji, j’ai pris un leader communautaire comme guide. Le simple fait de le voir devant rassurait les membres de la communauté. C’est ce que les communautés cherchent : Être rassuré. Et l’approche participative est la meilleure des approches pour créer la confiance entre les cibles et l’équipe projet.

Les institutions internationales sont aussi victime de la ruse des ONG nationales qui se disent souvent nationalement représentative, alors qu’en réalité, elles ne cherchent à s’implanter que lorsqu’il y a des appels à projet. Et lorsque l’appel prend fin, elles se retranchent dans leurs cachettes à l’attente d’autre appel. Et souvent, ce sont ces genres d’organisations en complicité avec certains lobbystes avec un carnet d’adresse bien fourni qui remportent des appels. Ces lobbystes sont même parfois responsable de l’organisation qui lance l’appel. Ce qui fait qu’il n’y a pas d’obligation de résultat. Pour maquiller leur manque de dynamisme et de maitrise de la sociologie des différentes communautés de la région, ils accusent les cibles des projets de non-coopérant.

Il serait judicieux de responsabiliser les organisations locales même si elles ont une certaine insuffisance sur le plan institutionnel et de gouvernance. Les partenaires peuvent les aider à corriger ces insuffisances avant, pendant et après le projet. Parce qu’elle ont quand même l’avantage de la maitrise de la zone géographique du projet et le contrôle est plus facile car elles sont visibles sur le terrain.

Pour terminer, j’affirme sans doute que les communautés en Haute Guinée sont très accueillantes. En revanche, ce sont des porteurs de projet qui minimisent les réalités socioculturelles et bâclent dans la plupart des cas les étapes de l’identification jusqu’à la mise en œuvre des activités d’un projet.

L’approche participative, c’est la clé de voute pour la réussite d’un projet.

Par Bangaly Sylla

Coordinateur de l’ONG Givingway

2024 Mandela Washington Fellow

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