Quand la sérénité le permet, nos morts ont droit à un ultime bain avant leur mise en terre. Un dernier rituel qu’on leur offre aussi bien à la morgue qu’en famille. Et ceux qui en font un métier dans les morgues sont appelés thanatopracteurs (thanatopractrices). Notre rédaction en a approché deux pour essayer de comprendre le quotidien de ces techniciens si particuliers.
Djeneba Camara le dit sans ambages. Faire les derniers soins pour les morts, ce n’est pas un métier pour tout le monde. Rencontrée dans son lieu de travail, elle nous détaille comment elle s’y prend. De confession musulmane, elle confie : « Avant de toucher le corps, nous devons invoquer trois fois Bismillah. Dès lors, nous pouvons débuter la toilette mortuaire », explique celle qui dit avoir plus de 80 ans.
Le processus nécessite, poursuit-elle, qu’on couche dans un premier temps, le corps sur le dos. Ensuite, sur le ventre. Enfin, qu’on lui fasse faire la purification religieuse (Janaaba et les ablutions). « Nous nettoyons tout son corps avec un pagne. Quand il n y’a plus d’eau sur le corps, nous nouons autour de sa taille un petit pagne, avant de le couvrir avec le linceul », rajoute-t-elle.
A ses yeux, les soins apportés ainsi au défunt ne doivent être perçus que sur leur dimension technique. Mais pour la thanatopractrice, cette activité va au-delà d’un bain ordinaire. L’opération contribuerait à la prise en compte des souffrances et douleurs des parents du défunt.
Agitant une petite éponge de la taille dont les femmes se servent se mettre du fond de teint, elle précise qu’il lui arrive d’utiliser de l’huile de l’arachide au cours de l’opération. « S’il s’agit d’une femme, nous mettons juste une petite goute sur l’éponge et appliquons cela sur son visage. Cette technique permet de donner une belle apparence au cadavre », explique-t-elle.
Bien sûr, à force de côtoyer d’aussi près et aussi régulièrement les morts, Djeneba, elle-même, en est quelque peu transformée. « Le fait de les voir allongés et incapables de se mouvoir, je me vois à leur place un jour. En mon for intérieur, je suis prise de pitié. Et souvent, je me détourne du corps pour pleurer, car il est interdit que les larmes touchent le corps ».
Aider au dernier soin des morts, c’est également ce que fait Dr Seydouba Bangoura. Un travail qu’il assimile à un service qu’il rend. Chef de l’unité de morgue du CHU d’Ignace Deen, il avoue ne plus avoir peur de la mort. Mais la mort, il y pense de plus en plus. « Même mon entourage me reproche d’avoir toujours un langage dans lequel on retrouve toujours le mot mort », lâche-t-il à propos.
Aliou Nasta et Binty Ahmed Touré