Le 21 septembre 2025, les Guinéens seront appelés aux urnes pour se prononcer sur l’adoption d’une nouvelle constitution. Ce texte, que les autorités présentent comme celui de la « refondation », serait taillé sur mesure pour refléter les réalités sociopolitiques du pays et affirmer une rupture définitive avec les errements du passé.
Mais à l’aune de l’histoire politique guinéenne, une question s’impose : combien de fois encore faudra-t-il réécrire notre pacte social pour espérer, enfin, un sursaut républicain durable ?
Car ce n’est pas la première fois qu’on nous promet une constitution « authentique », « rassembleuse » et « résiliente ». Depuis l’indépendance, la Guinée a connu cinq constitutions et trois référendums, sans compter les révisions successives et les manipulations d’appareil qui ont systématiquement vidé les textes de leur substance initiale.
En 1958, le pays disait « non » au général de Gaulle, et « oui » à la liberté. Ce fut un acte fondateur, courageux, mais rapidement absorbé par un régime de parti unique. En 1990, Lansana Conté nous promettait le multipartisme et les libertés. Dix ans plus tard, il supprimait la limitation des mandats pour s’éterniser au pouvoir. En 2010, Alpha Condé incarnait l’espoir d’un renouveau démocratique. Dix ans après, il faisait adopter une constitution à sa mesure pour briguer un troisième mandat, dans un climat de tensions et de violences.
L’histoire est connue. Elle est répétitive. Et c’est précisément ce qui devrait nous pousser à la prudence.
Car le problème guinéen n’est pas tant l’absence de textes que leur instrumentalisation. Ce n’est pas tant la qualité des constitutions que leur détournement par ceux censés les garantir. Et chaque fois, le peuple s’est vu vendu une illusion de renouveau, emballée dans les promesses de la modernité et de la rupture.
Aujourd’hui encore, les autorités nous présentent ce nouveau texte comme un miroir de nos aspirations, un ciment de notre vivre-ensemble, une barrière contre les abus. Soit. Mais la vraie refondation ne peut avoir lieu que si les hommes changent de pratique, pas seulement de discours. L’authenticité d’une constitution ne tient pas à sa forme, mais à son respect. À son intangibilité. À sa capacité à survivre aux caprices du pouvoir.
Alors oui, il faudra sans doute voter. Oui, une nouvelle constitution peut marquer un tournant. Mais sans vigilance citoyenne, sans institutions solides, sans une justice indépendante, ce texte-là finira comme les précédents : trahi par ceux qui l’ont porté, oublié par ceux qui y ont cru.
La Guinée a peut-être besoin d’une nouvelle constitution. Mais elle a surtout et davantage besoin d’un contrat moral entre le pouvoir et le peuple. Un engagement réciproque, non seulement à écrire le droit, mais à le respecter.
Sinon, le 21 septembre 2025 ne sera qu’un nouveau chapitre d’un vieux livre. Un de plus, dans le roman sans fin des constitutions mortes-nées.
Boubacar Sanso Barry