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Afrique : opportunisme, oui ; souverainisme, non !

D’une certaine manière, la stratégie de Donald Trump semble payante. En témoigne la curieuse proposition formulée par les autorités du Somaliland, prêtes à offrir aux Etats-Unis un accès privilégié à leur territoire et à leurs ressources stratégiques en échange d’une reconnaissance internationale. Une attitude loin d’être isolée sur le continent. Contrairement au discours largement relayé sur les réseaux sociaux, les dirigeants africains ne sont pas nécessairement animés par un véritable souverainisme. Ils apparaissent davantage guidés par des logiques d’opportunité, voire par des calculs politiques circonstanciels. Si l’armée française a quitté plusieurs pays africains qu’elle occupait, elle est progressivement remplacée par des forces russes ou américaines, sans que cela ne suscite une indignation comparable.

En parcourant les réseaux sociaux, il n’est pas rare de tomber sur des publications de jeunes Africains se félicitant d’une Afrique prétendument éveillée et désormais maîtresse de son destin. Ces prises de position traduisent souvent une forme de naïveté politique affligeante d de la part de leurs auteurs. A moins qu’elles ne participent, consciemment ou non, à la diffusion de narratifs soigneusement entretenus. Car, en réalité, le continent est encore loin d’avoir atteint une véritable autonomie stratégique.

Certes, dans le sillage des tensions entre la France et certains pays de son ancien pré carré, un frémissement a pu être observé. Mais celui-ci est resté superficiel, faute d’un ancrage politique et institutionnel solide. Plus qu’une transformation structurelle, il s’est agi, dans bien des cas, d’une posture conjoncturelle.

Ainsi, si les forces françaises ont été chassées du Sahel, elles ont rapidement été remplacées par des contingents liés à la Russie – d’abord Wagner, puis Africa Corps – officiellement mobilisés pour répondre aux défis sécuritaires. Dans plusieurs cas, ces présences étrangères s’accompagnent d’un contrôle accru sur des zones riches en ressources naturelles, notamment en République centrafricaine. Pour justifier ce souverainisme à géométrie variable, certains invoquent encore les schémas hérités de la guerre froide, opposant un Est supposément bienveillant à un Occident présenté comme intrinsèquement prédateur. Une grille de lecture qui résiste difficilement à l’analyse.

L’évolution récente du positionnement américain en Afrique vient d’ailleurs fragiliser davantage cet argumentaire. Des opérations militaires américaines sont désormais rapportées au Nigeria, tandis que des mercenaires également opèrent en République démocratique du Congo, notamment pour sécuriser des sites miniers et soutenir les forces gouvernementales face à la rébellion de l’AFC/M23. Même au Mali, l’hypothèse d’une coopération sécuritaire accrue avec Washington n’est plus de l’ordre de l’inenvisageable.

C’est donc à cette réalité que renvoie aujourd’hui le souverainisme africain : un discours politique affirmé, mais souvent contredit par les pratiques. Lorsque des Etats revendiquant leur indépendance confient des secteurs aussi stratégiques que la défense ou la sécurité à des acteurs étrangers, une contradiction apparaît inévitablement.

Finalement, le continent gagnerait sans doute à faire preuve de davantage de cohérence. Soit les Etats africains choisissent de construire une souveraineté réelle en s’en donnant les moyens politiques, économiques et militaires ; soit ils assument clairement leurs partenariats stratégiques. Mais vouloir simultanément revendiquer l’autonomie tout en externalisant les leviers essentiels de puissance revient à entretenir une ambiguïté qui finit par fragiliser la crédibilité même du discours souverainiste.

Boubacar Sanso Barry

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