Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, a profité de la conférence de presse qu’il a animée ce jeudi pour répondre à l’ancien ministre et conseiller personnel du président Alpha Condé. Sans nommer explicitement Tibou Kamara, Dr. Morissanda Kouyaté a néanmoins réagi à un extrait du livre de l’ancien proche collaborateur d’Alpha Condé dans lequel il est dépeint en des termes peu élogieux. Pour Dr. Morissanda Kouyaté, ce sont là des « histoires », distillées par des « marchands d’illusions ».
Dans le tome 1 de son livre ‘’Le Coup d’Etat contre Alpha Condé : la tragédie du pouvoir, la comédie des hommes…’’ (Ed. Yigui 2025), l’ancien ministre et conseiller personnel du président Alpha Condé, précisément à la page 198, écrit : « Morissanda Kouyaté, ce médecin contraint de quitter la Guinée en rasant les murs à la suite d’un scandale financier lié à un projet à l’hôpital Donka de Conakry – projet auquel il avait été associé lorsque le Dr Kandioura Dramé était ministre de la Santé, avait flatté le Président et les personnalités proches de lui, ainsi que le régime dans son ensemble ».
Eh bien, voici la réplique que le chef de la diplomatie guinéenne réserve à Tibou Kamara :
D’abord, à propos de l’hôpital Donka : « La chose la plus difficile pour un politicien de haut niveau qui se respecte, c’est que vous devez accepter de souffrir en silence, même quand on ment sur vous. Lorsqu’on échafaude du mensonge sur vous, vous êtes obligé de ravaler cela et de prendre votre mal en patience. C’est dur, vous ne pouvez pas le savoir. Quand vous vous réveillez, vous voyez ce qu’on dit de vous et vous vous dites, mais est-ce que c’est moi ?
Il y a (ainsi) des marchands de l’illusion qui ont dit, (parlant de moi que ‘’ce monsieur-là, il est ceci, il est cela. C’est lui qui a fait Donka, il est parti comme ça, il a laissé Donka’’. L’hôpital Donka, c’est moi qui l’ai reconstruit. Allez dans les archives. L’hôpital Flamboyant qui est là, c’est moi qui l’ai construit avec zéro franc de l’État, grâce à SABENA. En tant que chef du projet de l’hôpital Donka, c’est moi qui l’ai reconstruit avec les mêmes murs que vous voyez là. La partie médicine était abandonnée, on disait que c’est des diables qui étaient là-bas. On disait que quiconque allait là-bas allait mourir. On disait que c’est pourquoi Sekou Touré a laissé tomber. On l’appelait ‘’Carcasse’’. Je me suis attaqué à ça. J’ai refait l’hôpital. De l’hôpital actuel, seul le bâtiment central n’avait pas été concerné. Tout le reste avait été refait, avec le fonds saoudien et la Banque islamique.
Et quand le gouvernement m’a nommé là-bas comme chef du projet, il y avait zéro franc. C’est moi qui ai cherché l’argent. Et quand je quittais la Guinée, les archives sont là pour l’attester, on m’a chassé parce que je ne voulais pas quitter. On a eu un nouveau ministre à la Santé qui ne voulait pas de notre équipe, qui voulait coûte que coûte qu’on parte. Moi, j’étais prêt. Les Nations unies m’avaient déjà demandé de signer un accord. J’avais ça en poche. Je me disais si on me garde, OK. Si on ne me garde pas, je pars. Alors, le jour où le ministre m’a dit : ‘’bon, je suis désolé, je vais vous remplacer’’. Je lui ai dit merci et je suis parti. C’est comme ça que moi, je suis parti.
On dit que moi, j’ai rasé les murs. Moi, Morissanda, raser les murs !? Morissanda rase les avions, pas les murs.
Et en partant, le Dr Sidiki Keïta qui m’a remplacé à ce projet, on n’avait pas fini, parce qu’il restait la gestion. On avait construit, mais il fallait gérer. Ce sont 4 millions de dollars US qui restaient dans la caisse. 4 millions de dollars US. Et on raconte des histoires » !
Ensuite, sur son rapport à la corruption : « La corruption, ce n’est pas moi. Quand le président nous a envoyé le conseiller Ousmane Doumbouya et moi – parce qu’il faut que le peuple sache certaines choses – pour aller régler l’affaire du courant, vous l’avez suivi. Vous vous rappelez, les délestages étaient quotidiens ici. Le président nous a dit, allez, je vous investis de ma confiance, vous n’êtes pas spécialistes, mais partez réglez ça. Ils m’écoutent, ils peuvent démentir s’ils ne sont pas d’accord. C’était à propos du bateau Karpowership, en Turquie.
Quand nous sommes rentrés, on leur a demandé pourquoi le courant se coupe. On nous a montré la structure des problèmes. Tout le monde ponctionnait. Les gens ponctionnaient avant l’arrivée du président. Ils mettaient en poche. Et ils nous ont dit, voilà, vous êtes venus, ça va réduire parce que vous, vous n’êtes que deux.
Qu’est-ce que vous, vous voulez ? Nous-ont-ils demandé ? On a dit, on ne veut rien. On veut le courant, le président veut le courant, le président ne veut rien. Le conseiller Ousmane ne veut rien, le ministre des Affaires étrangères ne veut rien. Dites-nous combien ça coûte et vous enlevez tout ce que vous donniez aux gens. Ils ont coupé, le prix a été rabaissé à presque un quart. C’est ça qui a permis d’amener le bateau.
Alors qu’avant, chacun avait pris sa part. Non. Quand vous pensez à tout ça, tout ce que vous avez fait pour le pays. Et quand ils nous ont dit, mais vous êtes obligés de partir avec un cadeau de notre entreprise. On a dit, ok, donnez-nous un cadeau, mais pas l’argent.
Ils nous ont donné des maquettes du bateau. Ils ont donné une à Ousmane, ils m’ont donné une et ils ont donné une au président. Alors que ceux qu’on est allé remplacer prenaient des millions sur chaque kWh. Il faut que le peuple le sache » !
Propos transcrits par N’Famoussa Siby


