À la tête de l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis décembre 2025, le président de la Transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a accordé une interview à la presse nationale et internationale, diffusée ce jeudi 2 avril 2026. Une sortie médiatique au cours de laquelle il a abordé sans détour les défis majeurs auxquels fait face la confédération, notamment en matière de sécurité, d’intégration et de coopération entre États membres.
Sur le plan sécuritaire, le chef de la Transition a insisté sur la nécessité de rendre rapidement opérationnelle une force conjointe capable d’intervenir efficacement sur l’ensemble du territoire de l’AES.
« Les experts se sont réunis, se sont mis d’accord sur une feuille de route. Et c’est ce qu’on va essayer de dérouler. Dans quelques jours, le chef d’état-major doit être là pour les premières grandes opérations. Il faut que la force ait ses vecteurs. Là, si elle décide d’intervenir quelque part, c’est avec tous ses moyens. On est en train de rapidement renforcer les capacités. Parce que quand on dit les capacités, il faut une puissance autonome. Et ça, c’est très important. Donc, il faut ça et la mettre en opération pour les très grandes opérations au niveau de tout l’espace. Donc, ça, c’est une tâche importante », a-t-il déclaré.
Au-delà de la question militaire, Ibrahim Traoré a particulièrement insisté sur l’enjeu de l’intégration, qu’il souhaite voir appliquée de manière concrète et non seulement théorique.
« Deuxième chose, il y a aussi la question d’intégration. Parce qu’il ne faut pas qu’on dise intégration et qu’on se comporte comme les autres organisations. L’intégration doit être réelle. Et ça, je suis en train de préparer un texte pour qu’on mette les bouchées doubles et empêcher les tracasseries entre nos différents pays. Que ce soit aux frontières ou à l’intérieur. Parce qu’il ne faut pas se faire de l’illusion hypocrite des autres organisations africaines. Quand on dit intégration, c’est intégration. On a beaucoup de retours. Aux frontières, les gens sont emmerdés. À l’intérieur des pays, même souvent, les gens sont emmerdés », a-t-il poursuivi.
Dans la continuité, il a évoqué les mesures envisagées pour lutter contre les abus et la corruption, tout en renforçant la coopération entre les forces des États membres.
« Donc ça, moi, j’ai réfléchi à un mécanisme pour qu’on mette fin à ça. Il faut que les forces de trois pays soient ensemble dans tous les pays. Dans les ambassades, dans les frontières, on va faire ce mécanisme. Et qu’on lutte efficacement contre la corruption. Si un agent s’est fait prendre dans la corruption, il faut qu’on ait le courage de le mater avec la dernière énergie », a-t-il indiqué.
Le volet économique n’a pas été occulté, le président de la Transition rappelant son rôle central dans la consolidation de la confédération.
« Et l’autre volet, c’est l’économie. Le développement, je pense qu’il y a un bon nombre de chantiers qu’on est en train de mettre en œuvre. Et ça, c’est une bataille. Parce que c’est l’économie qui tient le monde », a-t-il souligné.
Par ailleurs, Capitaine Ibrahim Traoré a mis en garde contre les risques liés aux coopérations bilatérales, susceptibles de fragiliser l’équilibre interne de l’AES si elles ne sont pas encadrées avec rigueur.
« Il faut qu’on soit un peu plus tranchant pour dire que c’est vrai que c’est une confédération, chaque pays peut développer ses relations bilatérales, mais quelque part, si ça doit avoir un impact sur la confédération, il faut qu’on puisse freiner. Là, ça demande de la sincérité d’abord entre nous dirigeants, de la sincérité dans nos politiques internes pour pouvoir éviter qu’un cheval de Troie ne se glisse à travers une coopération bilatérale dans l’organisation », a-t-il martelé.
N’Famoussa Siby




