L’incendie qui s’est déclaré au grand marché de N’Zérékoré, au petit matin de ce vendredi 19 juin 2026, a provoqué d’importantes pertes économiques pour de nombreux commerçants. Alors que les autorités n’ont pas encore communiqué de bilan officiel, les victimes, encore sous le choc, affirment avoir tout perdu dans ce sinistre.
Ému, Alassane Diallo a d’abord salué la mobilisation exceptionnelle des populations de N’Zérékoré qui se sont levées aux premières heures de la matinée pour tenter de maîtriser les flammes. Selon lui, cette catastrophe dépasse largement le cadre de la capitale forestière.

« Mais à partir de 5 heures du matin, les gens sont sortis. La population est sortie : les enfants, les jeunes, les femmes, et surtout les autorités régionales, préfectorales et communales, ainsi que toutes les forces de sécurité, la police, la gendarmerie et le camp militaire. Ils sont tous là. On a perdu beaucoup de choses qu’on ne peut pas vous décrire…Ce n’est pas moi qui ai perdu à N’Zérékoré. C’est toute la Guinée qui a perdu à N’Zérékoré. Tous les commerçants guinéens ont perdu à N’Zérékoré, parce que tous les commerçants de la Guinée ont leurs marchandises à N’Zérékoré », a confié Alassane Diallo, commerçant et victime du sinistre.
Face à l’ampleur des pertes et au contexte économique difficile, il lance un appel au gouvernement, en particulier au président de la République.
« On demande au gouvernement et au président de la République, Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, de tout faire pour aider, surtout nos mamans qui ont tout perdu. Aujourd’hui, au marché de N’Zérékoré, ce sont les femmes qui exercent massivement cette activité. Mais aujourd’hui, les mamans ont tout perdu. On demande au président, au Premier ministre, à tout le gouvernement et à toutes les préfectures de la Guinée de venir en aide aux commerçants de N’Zérékoré », a-t-il ajouté, tout en implorant la grâce divine, une longue vie et une bonne santé pour les autorités.
Le même appel est partagé par Apache Fofana, également victime de l’incendie.
« Quand même, nous saluons toutes les populations de N’Zérékoré. Elles se sont mobilisées et sont venues pour éteindre le feu. Tous les corps ont répondu présents : gendarmes, policiers, sapeurs-pompiers, agents des Eaux et Forêts. Tout le monde s’est mobilisé. Ce que nous avons perdu est énorme, énorme, énorme. Nous ne pouvons même pas vous le décrire. C’est Dieu seul qui connaît l’ampleur de nos pertes. Il faut que le président Mamadi Doumbouya nous vienne en aide », a sollicité Apache Fofana.

Au-delà des stocks de marchandises réduits en cendres, certains commerçants affirment avoir perdu d’importantes sommes d’argent. C’est ce que souligne Alpha Oumar Baldé, secrétaire général de l’Université de N’Zérékoré, qui dit avoir vécu les premières heures du drame.
Informé aux environs de 5 h 30 alors qu’il se trouvait à la mosquée pour la prière de l’aube, il affirme avoir alerté les autorités civiles et militaires ainsi que la Protection civile, qui est rapidement intervenue sur les lieux.
« Nous étions là depuis 5 h 40 précisément lorsque la Protection civile est arrivée. Mais il est difficile, pour le moment, de déterminer l’origine de l’incendie. Pourtant, vous vous souviendrez qu’en 2022, six mois après la prise du pouvoir, cette partie avait déjà été touchée par un incendie. Il faut rappeler qu’il s’agit d’une zone où se trouvaient l’essentiel des stocks de mèches, d’huile et de plusieurs autres marchandises de N’Zérékoré. Pour le moment, il est difficile de dire exactement ce qui est à l’origine du feu », a témoigné Alpha Oumar Baldé.
S’agissant des pertes économiques, l’universitaire évoque des dégâts colossaux, estimés à plusieurs centaines de milliards de francs guinéens.
« Aujourd’hui, nous ne pouvons pas encore établir une estimation précise. Mais je vous avoue que plusieurs centaines de milliards de francs guinéens se sont consumés dans cet incendie. D’ailleurs, une dame affirme avoir laissé 400 millions de francs guinéens en espèces dans sa boutique. Cela montre à quel point l’ampleur des dégâts est considérable », a-t-il confié.

Par ailleurs, M. Baldé a salué les efforts des sapeurs-pompiers, récemment dotés de nouveaux équipements par le gouvernement.
« En 2022, nous n’avions pas de citernes. L’unique citerne disponible était en panne. Aujourd’hui, nous disposons de deux citernes de 15 000 litres qui nous ont permis de circonscrire le feu. Mais l’un des problèmes majeurs reste l’approvisionnement en eau, car il faut parfois sortir de la ville pour aller en chercher. C’est ce qui complique quelque peu le travail des sapeurs-pompiers sur le terrain. Sinon, dans l’ensemble, en toute sincérité, il faut saluer leur proactivité, ainsi que celle des forces de défense et de sécurité », a-t-il fait savoir.
En attendant que les autorités communiquent un bilan officiel des dégâts, les sinistrés continuent de mesurer l’ampleur de leurs pertes et de revivre, avec douleur, les conséquences de ce drame.
Foromo Fazy Béavogui, depuis N’Zérékoré


