La chute de Nicolas Maduro, aussi spectaculaire soit-elle, ne devrait pas être perçue avec indifférence en Afrique. En effet, elle s’inscrit dans une dynamique internationale inquiétante, marquée par l’affaiblissement progressif du droit international et la remise en cause de principes longtemps considérés comme intangibles, au premier rang desquels la souveraineté des Etats et l’inviolabilité des frontières. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les frappes répétées d’Israël en Iran, au Liban et en Syrie, ou encore d’autres interventions militaires occidentales sans mandat clair, cette attaque menée au Venezuela confirme l’imposition d’un nouvel ordre mondial fondé moins sur le droit que sur le rapport de force. Autant dire, un nouvel ordre dans lequel des pays structurellement aussi fragiles que le sont ceux africains, auront de la peine à faire valoir leur voix. Ainsi donc, la disgrâce du président vénézuélien apparaît moins comme un cas isolé que comme une illustration supplémentaire de la logique du plus fort, désormais assumée.
Certes, l’Afrique semble, dans bien des cas, se libérer de l’influence française, longtemps perçue comme pesante et paternaliste. Mais cette émancipation relative ne garantit en rien des perspectives plus favorables. Le recul du pays d’Emmanuel Macron sur le continent s’accompagnant de l’émergence ou du retour en force d’autres puissances – Etats-Unis, Russie, Chine – dont les motivations sont avant tout économiques et géopolitiques, et rarement altruistes.
Or, ces changements interviennent dans un monde où le droit international est de plus en plus banalisé et l’Afrique plus que jamais vulnérable. Elle demeure l’un des principaux réservoirs de richesses encore inexploitées de la planète : pétrole, gaz, minerais stratégiques, terres rares. Des ressources dont la convoitise semble à ce point aveugler les grandes puissances qu’elles n’hésitent plus à piétiner les principes et règles qui structuraient les relations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale.
A propos, l’intérêt soudain de Donald Trump pour la crise persistante dans l’est de la République démocratique du Congo ne relève pas d’une compassion humanitaire tardive. Il obéit aux mêmes logiques économiques que celles qui ont conduit à la capture et au transfert sans ménagement de Nicolas Maduro et de son épouse vers New York. De la même manière, les récents bombardements américains au Nigeria, officiellement dirigés contre des sanctuaires de groupes terroristes islamistes supposément anti-chrétiens, interrogent. Car le Nigeria n’est pas seulement un foyer d’instabilité sécuritaire ; il est aussi l’un des principaux producteurs de pétrole du continent africain.
A ce rythme, certains en viendraient presque à regretter la possession de certaines richesses. Une illustration supplémentaire, et peut-être plus brutale encore, de la théorie de la malédiction des ressources naturelles, que l’on croyait jusqu’ici cantonnée aux difficultés de gouvernance interne.
Les puissances qui passent aujourd’hui pour des alternatives plus acceptables à une France affaiblie et déclassée pourraient, elles aussi, disposer de l’Afrique à leur guise. Concurrents acharnés pour le contrôle des enjeux économiques et géopolitiques mondiaux, elles n’ont plus à se soucier de la bonne conscience de l’opinion publique internationale.
Dans ce contexte de recul du droit et de triomphe du rapport de force, l’Afrique apparaît plus menacée que jamais dans sa souveraineté, notamment économique. La chute de Nicolas Maduro n’est donc pas une victoire pour les peuples du Sud. Elle est plutôt un avertissement. Et l’Afrique ferait plutôt mieux d’en prendre la pleine mesure, pendant qu’il est encore temps.
Boubacar Sanso Barry


