Le retrait récent des combattants de l’AFC/M23 des positions qu’ils avaient conquises à Uvira, conjugué à l’aveu du président rwandais Paul Kagamé reconnaissant le soutien de son armée à la rébellion active dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), avait laissé entrevoir une lueur d’espoir quant à un possible retour à la paix dans cette région meurtrie. Ces signaux, perçus comme les prémices d’un changement de posture, semblaient s’inscrire dans un contexte de pressions diplomatiques accrues, notamment de la part des États-Unis et des organisations régionales africaines. Mais cet espoir naissant a été brutalement contrarié par l’attaque dont l’aéroport de Kisangani a été la cible le week-end dernier, à l’aide de drones kamikazes. Certes, il n’est pas formellement établi que le mouvement rebelle du M23 soit directement à l’origine de cette attaque. Toutefois, plusieurs indices convergents orientent les soupçons dans sa direction. Et si ces soupçons venaient à se confirmer, cela signifierait que le M23, malgré les signaux récents et les pressions internationales, n’est pas encore disposé à emprunter la voie de la désescalade. Une telle évolution remettrait sérieusement en question la crédibilité des engagements pris, y compris sous l’influence de Washington.
En RDC, un sentiment de paradoxe domine désormais l’actualité sécuritaire. D’un côté, les initiatives diplomatiques se multiplient. Médiateurs africains, organisations sous-régionales et partenaires internationaux s’activent pour arracher un cessez-le-feu durable et créer les conditions d’un dialogue politique. De l’autre, certains acteurs du conflit semblent déterminés à entretenir l’instabilité, en multipliant les actes de provocation et les démonstrations de force. Alors que les consultations menées par les médiateurs africains et la pression exercée par les Etats-Unis laissaient croire à une accalmie imminente, les attaques perpétrées samedi et dimanche contre l’aéroport de Kisangani sont venues rappeler la fragilité de ces espoirs.
Aux yeux de nombreux observateurs, ces événements renforcent l’idée selon laquelle Kigali et le M23 ne jouent pas franc jeu. Loin de chercher une véritable désescalade, ils semblent plutôt engagés dans une stratégie visant à affaiblir méthodiquement les capacités militaires du camp adverse. Le choix de cibler l’aéroport de Kisangani n’a, à cet égard, rien d’anodin. Cette infrastructure constitue un maillon stratégique essentiel dans le dispositif de riposte des autorités congolaises. C’est notamment depuis cette plateforme que décollent les aéronefs et les avions de chasse utilisés par les forces armées de la RDC pour frapper les positions tenues par les rebelles soutenus par le Rwanda.
Dans ce contexte, le camp pro-Kinshasa aurait tort de se réjouir trop rapidement du fait que les huit drones kamikazes aient été interceptés et abattus. Il est en effet possible que cette première offensive ait davantage valeur de coup de semonce que d’attaque décisive. Autrement dit, il pourrait s’agir d’un message clair envoyé par les rebelles : ils disposent désormais des moyens technologiques capables de neutraliser, ou du moins de perturber, les capacités aériennes sur lesquelles les autorités congolaises fondent une part importante de leur riposte militaire. La relative facilité avec laquelle ces engins ont été détruits pourrait d’ailleurs renforcer l’hypothèse d’une opération de test, destinée à évaluer les défenses adverses plutôt qu’à infliger des dégâts majeurs.
Ce qui doit susciter une inquiétude bien plus profonde, c’est le fait même qu’un mouvement rebelle soit en mesure de se procurer et de déployer des drones kamikazes. Cette évolution marque un saut qualitatif préoccupant dans l’arsenal du M23 et révèle l’ampleur des soutiens dont il bénéficie. Elle en dit long sur les ambitions de l’ennemi auquel le président Félix Tshisekedi est confronté et sur la complexité croissante du conflit.
Ces développements tendent enfin à nourrir et à conforter les doutes et les réserves exprimés par nombre d’analystes quant à la capacité réelle des efforts diplomatiques, y compris ceux impulsés par Washington, à ramener durablement la paix en RDC. Tant que les actes sur le terrain continueront de contredire les discours officiels et les engagements affichés, la perspective d’une stabilisation durable de l’est congolais restera, au mieux, incertaine.
Boubacar Sanso Barry




