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Kankan : la filière mangue en lambeaux, faute d’usine de transformation

Chaque année, les marchés des cinq préfectures de la région administrative de Kankan sont inondés de mangues durant la saison. Sur les routes, des fruits mûrs jonchent le sol et se vendent à des prix dérisoires. Derrière cette abondance se cache pourtant une réalité préoccupante : l’absence d’unités modernes de transformation prive les producteurs de revenus et fragilise l’ensemble de la filière mangue.

De Boussoura, quartier de la commune urbaine de Kankan, à Manfran, village situé à quelques kilomètres du centre-ville, des milliers d’hectares de manguiers chargés de fruits sont visibles le long des routes. Alors que ce fruit très prisé pourrait contribuer à l’autosuffisance alimentaire et générer des revenus conséquents, la filière reste confrontée à de nombreuses difficultés. Les producteurs dénoncent principalement l’absence d’unités capables de transformer les mangues en jus, purées, confitures ou fruits séchés. Conséquence : une grande partie de la production se perd faute d’infrastructures de conservation adaptées. Pourtant, sous la Première République, une usine installée après l’accession du pays à l’indépendance constituait un débouché important pour les producteurs, avant son arrêt progressif.

Ibrahima Sylla exploite plusieurs hectares à Manfran. Autrefois, ce père de famille subvenait à ses besoins grâce à la production de mangues, avec des milliers de tonnes envoyées à l’usine de transformation de Kankan. Aujourd’hui, la mangue est devenue pour lui une simple denrée de consommation.

« La seule utilité de la mangue aujourd’hui, c’est que nous en avons à manger en abondance. Autre chose, je n’en connais malheureusement pas », déplore-t-il.

Dans plusieurs plantations de la région, les producteurs font face à de nombreuses difficultés. « Les mangues mûrissent toutes au même moment alors qu’aucune usine de transformation n’est installée sur place. Les abeilles nous fatiguent également, et nous n’avons pas les moyens d’acheter les produits nécessaires. Aucun grossiste ni acheteur ne vient sur place pour acquérir nos produits », explique Amara Bérété.

Sous la Première République, la mangue faisait vivre de nombreuses familles à Kankan. Une époque aujourd’hui révolue, selon Mamoudou Bérété, propriétaire de plusieurs hectares à Boussoura.

« À l’époque, ces mangues nous permettaient de vivre aisément. Nos familles étaient heureuses et personne n’enviait son prochain. Aujourd’hui, nous travaillons dans ces champs par habitude et par amour, car nous les avons hérités de nos parents et nous n’avons pas d’autre choix », explique-t-il.

Lorsque l’usine de transformation de Kankancoura fonctionnait, de nombreux jeunes de Kankan étaient employés. Depuis son arrêt, des milliers d’entre eux se sont retrouvés au chômage. Au-delà de son rôle économique, l’usine constituait également un espace d’échanges et de coopération régionale.

Ce que regrette Elhadj Kaba Keïta, ancien employé de l’usine : « Les Libériens venaient ici pour acheter nos produits. Nous étions comme une seule famille avec ces frères et sœurs. Ils repartaient avec des centaines de camions de mangues, transformées ensuite en confitures, biscuits, chocolat et autres produits. Beaucoup de jeunes avaient le sourire, car ils travaillaient ».

La filière mangue à Kankan, autrefois pilier économique et source d’emplois pour de nombreuses familles, semble aujourd’hui en perte de vitesse. Entre pertes post-récolte, manque d’infrastructures de transformation et chômage des jeunes, les défis sont multiples et structurels. Pour redonner vie à cette filière porteuse, les acteurs locaux plaident pour la réhabilitation ou la création d’unités industrielles modernes capables de valoriser pleinement ce potentiel agricole. Sans une véritable politique de transformation, la mangue de Kankan risque de rester un fruit abondant, mais paradoxalement peu rentable pour ceux qui la produisent.

Michel Yaradouno, depuis Kankan

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