Dans la guerre que se livrent l’armée congolaise et la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, la peur aurait-elle changé de camp ? La question mérite d’être posée après l’annonce, ce mardi 23 février, de la mort de Willy Ngoma, porte-parole des rebelles soutenus par le Rwanda. Selon plusieurs sources, le responsable rebelle aurait été tué à la suite d’une frappe de drone menée par les forces loyales à Kinshasa dans la zone de Rubaya, au Nord-Kivu. Cette perte infligée aux insurgés intervient dans un contexte où la dynamique militaire semble, fait inhabituel, évoluer en faveur des forces congolaises. Difficile, dès lors, de ne pas y voir l’effet possible de l’implication accrue des Etats-Unis dans la crise, notamment à travers l’accord de Washington signé en novembre dernier. Tout porte à croire que Donald Trump entend désormais exercer une pression directe sur Paul Kagame. Et il était temps.
Les années se suivent mais ne se ressemblent pas pour les combattants de l’AFC/M23. Il y a encore un an, portés par une offensive éclair, les rebelles s’emparaient de larges portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, contraignant les Forces armées congolaises à une débandade particulièrement humiliante. Mais en ce début d’année 2026, une dynamique différente semble se dessiner dans ce conflit interminable.
La mort annoncée du porte-parole rebelle constitue certes un symbole, mais elle paraît surtout confirmer un rééquilibrage progressif des rapports de force. Il y a quelques semaines déjà, il était question du retrait des rebelles de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu, dont ils s’étaient emparés en décembre dernier. Dans la foulée, les autorités congolaises et burundaises ont annoncé la réouverture de leur frontière commune, signe d’un relatif apaisement sécuritaire dans cette zone longtemps sous tension.
Dès lors, une interrogation s’impose : qu’est-ce qui explique cette évolution favorable aux troupes de Kinshasa ? A ce stade, aucune preuve formelle ne permet d’établir un lien direct. Toutefois, l’hypothèse d’un impact lié à l’implication américaine dans le conflit ne peut être écartée. Ces premiers revers enregistrés par la rébellion interviennent en effet peu après l’accord signé à Washington entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et Donald Trump.
Par ailleurs, à la suite du retrait rebelle d’Uvira, des éléments liés à la société paramilitaire fondée par Erik Prince, ex-patron de Blackwater, auraient été aperçus dans la région. Sans confirmation officielle, certains observateurs estiment que leur présence pourrait être l’explication du retrait rebelle de la ville. Fait notable également : la zone où Willy Ngoma a trouvé la mort se situerait à proximité de l’une des plus importantes mines de coltan du pays. Exploitée par la rébellion depuis qu’elle en a pris le contrôle en 2024, la mine a été pourtant intégrée au volet économique à l’accord de Washington.
Dès lors que des intérêts économiques majeurs entrent ouvertement en jeu, Washington pourrait difficilement tolérer toute remise en cause de ses positions stratégiques. Dans ce nouveau contexte, la rébellion de l’AFC/M23 ainsi que ses parrains rwandais pourraient bien découvrir que l’équation militaire dans l’est congolais est en train de changer.
Boubacar Sanso Barry


