PAPE DIOUF : A dieu l’ambassadeur !

S’il est vrai que cette fichue pandémie du Covid-19 n’est pas encore aussi foudroyante en Afrique qu’elle l’est sous d’autres cieux, il n’en demeure pas que ces derniers jours, elle s’est évertuée à nous arracher certains de nos plus dignes représentants. Aurlus Mabélé, Manu Dibango et depuis ce 31 mars, Pape Diouf. La culture et le sport, les deux secteurs dans lesquels l’Afrique brille et se vend. En ce qui concerne Pape Diouf, avec sa disparition, le continent africain perd un de ses plus dignes ambassadeurs. Car il n’est pas donné à n’importe quel Africain de s’élever aussi haut que l’a été Pape dans un milieu aussi difficile que l’est l’environnement du football occidental. Mais au-delà de l’exemple vivant qu’il incarnait, la mort de Pape Diouf nous prive aussi de ses avis lumineux et de ses coups de gueule toujours osés.

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Car Pape Diouf, au-delà du journaliste sportif, du manager de joueurs et même du président d’un des plus prestigieux clubs français qu’il a été, c’était surtout une personnalité. Ses choix et ses avis n’étaient pas toujours partagés ou compris. Mais il avait le courage de les porter et de les assumer. Et c’est sans doute ce qui faisait sa différence, sa spécificité. Et Dieu seul sait que ce caractère trempé, il en avait besoin pour réussir la carrière brillante qui a été la sienne. Parce que le monde du football qui l’aura passionné dès son jeune âge ne s’accommode ni du suivisme, ni du conformisme. Pour servir de manager à des têtes fortes telles Basile Boli ou encore Didier Drogba, il ne suffit pas d’être ordinaire. Et pour qu’un Africain de teint noir se voie confier les rênes de l’Olympique de Marseille, il faut qu’il soit extraordinaire. Etre extraordinaire et s’autoriser, si nécessaire, des choix qui, eux-mêmes, sortent de l’ordinaire. Comme la décision que Pape a prise, le 5 mars 2006, de faire jouer l’équipe réserve de l’OM au Parc des Princes, pour protester selon lui contre le peu de considération que les Parisiens accordaient aux supporters phocéens.

Ce trait de son caractère derrière lequel certains pourraient percevoir une certaine suffisance, Pape Diouf le portait également sur les plateaux de télévision. Dans tous les débats, il avait son angle à lui. Revendiquant une certaine indépendance, il ne se privait pas notamment de dénoncer certaines pratiques dans la gestion du football africain. Mais ses prises de position n’avaient rien de méchant. Elles étaient toujours le reflet de l’amour qu’il portait à ce football et de son désir profond de voir celui-ci se hisser sans cesse plus haut. Car même si en octobre 2013, il a reçu de François Hollande, les insignes de la Légion d’honneur, Pape demeurait profondément africain.

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Un continent dont il était un ambassadeur à part entière. Pour de nombreux Africains, il était la preuve vivante que le lien entre nègre et échec en occident n’est pas une fatalité. Ce symbole, il le portait d’autant que son ascendance ne le prédestinait pas nécessairement à une telle réussite. A sa naissance à Abéché, son père était certes responsable du garage du gouvernement, mais rien de plus. D’ailleurs, celui-ci voulait davantage qu’il embarrasse une carrière militaire. Arrivé à Marseille à l’âge de 18, Pape devait même à la fin du compte, abandonner ses études pour s’adonner à sa passion. C’est dire que son histoire est celle d’un Africain des plus ordinaires qui finit par se forger un destin extraordinaire. Extraordinaire, comme le sont souvent les ambassadeurs.

Boubacar Sanso BARRY