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CHERTE DE LA VIE : « Il ne sert à rien de menacer les commerçants »

Depuis l’avènement de la Covid–19, la situation (économique et alimentaire) des Guinéens est menacée avec une flambée des prix des produits alimentaires sur le marché en cette période de carême pour les fidèles chrétiens et de ramadan pour les musulmans, dans quelques semaines. Cette cherté de la vie en Guinée est à situer à deux niveaux : une conjoncture mondiale (variables exogènes) et une mauvaise politique du CNRD.

D’une part, la Guinée est victime de la conjoncture actuelle avec un contexte mondial fortement marqué par une incertitude exceptionnelle où l’année 2022 risque de connaitre une croissance mondiale beaucoup plus faible que l’année précédente. Avec une activité économique dans les économies avancées qui s’est fortement contractée ces dernières semaines sous l’effet de la crise entre la Russie et l’Ukraine, suivie d’une hausse vertigineuse au niveau général des prix. L’on constate dans la foulée une inflation de plus de 5% dans la zone euro. Du jamais vu depuis plus d’une décennie. Cette même inflation se situe à plus de 6% au royaume uni, 7% aux USA, 6,7% dans l’UEMO. Bref, partout dans le monde ou presque l’inflation est de retour. On le pressentait depuis la liquidité injectée par le FMI via le mécanisme des DTS (droit de tirage spécial). Ou il a injecté des milliards partout dans le monde pour soutenir les politiques gouvernementales. Aussi il faut rappeler que la principale cause de cette nouvelle turbulence mondiale est la crise entre la Russie et l’Ukraine, car les deux représentent des exportateurs de gaz, de pétrole, mais aussi de grandes puissances agricoles. C’est pourquoi d’ailleurs les prix du blé et du maïs battent actuellement le record et se traduisent négativement à l’échelle mondiale.

Face à cette conjoncture mondiale, la Guinée qui a une production nationale quasi inexistante ne fera pas exception. Déjà, elle est en proie à une augmentation du coût du transport de ses importations qui s’est vite transformée en une hausse au niveau général des prix de façon exponentielle. Autant dire, une très mauvaise nouvelle pour les Guinéens, dont certains peinent de plus en plus à boucler la fin de mois et assurer trois repas par jour. Cette hausse est aussi un casse-tête pour la banque centrale de la république de Guinée (BCRG) qui a du mal à stabiliser les prix avec une inflation à deux chiffres. Le paradoxe dans cette affaire, est que la monnaie guinéenne s’apprécie face aux devises étrangères mais que cela n’a aucun impact significatif sur la vie des Guinéens, dans la mesure où elle n’est pas due à une performance économique. En réalité, c’est là la conséquence du fait le CNRD a gelé les comptes publics et privés de certains départements. En effet, si cette mesure a tout de même freiné l’hémorragie financière (corruption, détournement, gabegie, etc.) d’un côté, elle a néanmoins d’un autre côté, créé une panique chez les entrepreneurs locaux notamment les PME et PMI, en raison des impayés. A cette phase, on risque de connaitre une stagflation (beaucoup d’inflation et moins de croissance).

Comment voulez-vous que l’économie marche à merveille si l’Etat doit au secteur privé (entrepreneurs) pour des arriérées, alors qu’ils ont besoin de liquidités pour faire marcher leurs activités ?

Comment voulez-vous que les choses changent si on est toujours les annonces ?

Comment voulez-vous que les prix soient stables si vous avez une consommation à 80% extravertie, avec tout le risque d’une inflation importée que cela comporte ?

Comment voulez-vous que les Guinéens aient une vie descente si votre économie n’est pas diversifiée ?

Comment voulez-vous que les commerçants baissent les prix en cette période pendant que le cordon douanier est toujours maintenu à son niveau initial ?

Il ne sert à rien d’appeler ou de menacer les commerçant, il faut une réelle volonté et une politique en harmonie avec nos réalités.

Comment voulez-vous que les choses changent si de plus en plus on se fait isoler chez les bailleurs de fonds car aucun investisseur sérieux ne viendra mettre son argent dans une incertitude ?

Comment voulez-vous que vous soyez soutenu par vos partenaires bi et multilatéraux si vous n’avez toujours pas de chronogramme sur la transition ?

A cette allure, si le CNRD ne change pas de stratégies, la Guinée risque de connaitre dans les mois et années avenir une double crise (économique et politique). Surtout avec l’inflation qui se transforme parfois en prophétie autoréalisatrice. Quand les prix montent, c’est très difficile qu’ils baissent, même si les coûts baissent. Or, cette hausse incessante ces dernières semaines des prix agit comme un multiplicateur de pauvreté et de misère plongeant des millions de Guinéens dans l’insécurité alimentaire et le désespoir. Conséquence, cela crée une grave frustration et la révolte. Car nous sommes face à un gros problème en matière d’égalité sociale. Alors, regardons ce que font les autres pour mieux comprendre ce qui pourrait advenir chez nous comme bien-être social pour tous. En tout état de cause, il est temps de redéfinir les stratégies et agendas pour la survie et la bonne marche de la transition.

OUSMANE CAMARA

Economiste, citoyen guinéen

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