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VIOLENCES, IMPUNITE & COUPS D’ETAT : la CEDEAO face à ses propres limites et contradictions

Les objectifs qui sous-tendent la création de la CEDEAO sont de favoriser l’intégration, la coopération, le développement et promouvoir la démocratie, les libertés, les droits humains, la justice et la libre circulation des personnes et des biens. Mais de nos jours, les crises à répétition et l’inertie de l’institution soulèvent des inquiétudes et amènent les citoyens à douter de la capacité de celle-ci à prendre en compte les aspirations profondes et légitimes du peuple ouest-africain.

Comment peut-on croire à une Institution qui promet une communauté émergente à l’horizon 2030 alors qu’elle est incapable de faire appliquer ses propres textes ? Le protocole additionnel de la CEDEAO est clair pour ce qui est du respect de la justice, des libertés individuelles et collectives et du respect des principes de la démocratie et des limitations du nombre de mandats. Ces dispositions rappellent clairement que toutes prises de pouvoir par un moyen autre que les urnes est un coup d’état. De même, toute modification constitutionnelle dont le seul but est de permettre à un homme de s’éterniser au pouvoir est aussi un coup d’état. De ces principes, il ressort clairement que nombre de chefs d’État en poste dans la sous-région sont dans l’illégalité constitutionnelle et le tout sur fond de fraude électorale, de pillage des ressources, de la corruption, de l’enrichissement illicite, de la confiscation du pouvoir et des libertés avec pour conséquences l’aggravation de la précarité économique et sociale des peuples ouest-africains. N’est-ce pas d’ailleurs le principal mobile pour les putschistes qui opèrent actuellement en Guinée, au Mali et au Burkina Faso ? Pas de quoi donner un blanc-seing à ces types de transition le plus souvent chaotiques.

Alors que faire pour ramener les putschistes dans les garnisons ?

L’institution sous-régionale doit se montrer intransigeante face aux militaires dont les seuls objectifs restent aujourd’hui la confiscation du pouvoir par le biais des répressions sanglantes elles-mêmes encouragées par l’impunité garantie à nos hommes en tenues. Les militaires profitent du contexte international marqué par la crise Russo-Ukrainienne et les divisions ethniques profondes dans nos pays pour espérer se maintenir longtemps et illégalement au pouvoir. Avec 24 mois de transition que la CEDEAO accorde çà et là, les militaires profitent pour étaler les jalons de la division, de l’instrumentalisation de la justice, pour faire taire toutes les voix discordantes. L’objectif étant d’écarter de la course les acteurs politiques majeurs encore inflexibles à la corruption et qui continuent de se battre contre l’injustice, l’arbitraire et l’imposture. C’est le cas actuellement de la Guinée avec le fameux CNRD.

En se réunissant le 4 décembre pour son sommet ordinaire, le monde entier aura à l’œil la CEDEAO et les décisions qui seront prises par les chefs d’état et de gouvernement. Comme un référendum, les décideurs auront à se prononcer et à choisir entre la démocratie, l’état de droit et le silence complice de l’institution avec des mesures qui visent à dorloter les militaires et leur permettre d’opérer dans le silence les délinquances institutionnelles, économiques et électorales. Ce qui aura pour conséquence la recrudescence des violences, des coups d’état, le recul de la démocratie, l’exil pour les défenseurs pro-démocratie, de l’instabilité politique et sociale dans la majorité des États et surtout l’immigration clandestine avec ses effets néfastes pour les pays de départ et d’accueil des immigrés.

Les guinéens attendent de la CEDEAO le courage de siffler la fin de la récréation, de sortir de la diversion et de mettre un terme aux manœuvres dilatoires. Ce qui requiert de revenir aux fondamentaux d’une transition à savoir le retour rapide à l’ordre constitutionnel via l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes au cours desquelles le peuple choisira librement les dirigeants qui à leurs yeux sont les plus à même de mener les réformes structurelles dont nos États ont tant besoin.

L’heure est grave ! La CEDEAO doit prendre conscience qu’elle représente la communauté internationale en raison du principe de subsidiarité pour prendre toutes ses responsabilités en sauvegardant la stabilité dans la sous-région. C’est pourquoi, le peuple de Guinée attend de la conférence des chefs d’État qu’elle indique clairement au CNRD l’ouverture rapide d’un couloir de dialogue avec les acteurs représentatifs de la nation pour définir les axes prioritaires pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Seul Gage de paix et de stabilité pour le pays.

SOULEYMANE SOUZA KONATE, Membre du Conseil Politique de l’UFDG et Conseiller Chargé de Communication de CELLOU DALEIN DIALLO.

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