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PROCES DU 28 SEPTEMBRE : où sont passés les auteurs des viols ?

Le 28 septembre 2022, quand les 11 personnes inculpées dans le cadre du massacre perpétré 13 ans plus tôt dans le grand stade de Conakry, se sont relayées devant la barre du tribunal criminel de Dixinn pour décliner, chacune, leur identité, c’est le monde entier qui a poussé un ouf de soulagement. En effet, personne ne croyait plus véritablement que ce procès se tiendrait. D’autant qu’au nombre des accusés, on a d’anciens hauts responsables du pays et même un ancien président de la République. Mais plus de deux mois après et après avoir écouté 9 des 11 accusés initiaux, les victimes commencent à se poser des questions. Les femmes ayant été victimes de viol en particulier épousent de plus en plus le doute. N’auraient-elles pas fondé de trop grands espoirs dans ce procès ? Celui-ci est-il vraiment en mesure de faire admettre les horreurs qu’elles ont subies ? Ces questions, elles se les posent, la peur au ventre. En effet, pour ce qui est des viols et des violences sexuelles, les raisons d’espérer sont d’autant plus maigres qu’il n’y a qu’un seul gendarme accusé renvoyé devant le tribunal. Or, ce dernier, à l’image de tous les autres accusés, nie tout en bloc. Dans un tel contexte, comment faire éclore la vérité et retrouver éventuellement les auteurs et les punir ? Permettant ainsi aux victimes de refermer cette sombre page de leur vie ? Telle est l’autre question.

La Commission internationale d’enquête dépêchée à Conakry par les Nations unies, au lendemain du massacre du stade du 28 septembre, a pourtant dénombré 109 cas de viol et de violences sexuelles. Comment se fait-il alors qu’il n’y ait que le gendarme Mamadou Aliou Keïta qui soit renvoyé devant le tribunal pour ces faits ? Le contraste est tel qu’on pourrait facilement accréditer la thèse des négationnistes. Sauf qu’il y a également des victimes qui acceptent volontiers de raconter ce qu’elles ont enduré. Saran Cissé est une d’entre elles. Le 28 septembre 2009, c’est avec la force de la conviction qu’elle a répondu à l’appel de l’opposition dont elle était une militante active. Aujourd’hui divorcée, cette mère de 4 enfants porte sur son corps et dans sa chair les sévices associés désormais à la date du 28 septembre. Comment aurait-elle pu imaginer que la manifestation à laquelle elle s’apprêtait à prendre part se transformerait en un enfer pour elle ? Une fois dans l’enceinte du stade, elle venait à peine de s’asseoir dans les gradins quand elle a entendu les premiers coups de feu. « Partout où je tournais le regard, je voyais des hommes encagoulés », relate-t-elle. Réalisant très vite le guet-apens, elle tente tout de suite de sortir de là. Mais toutes les issues étaient bouclées. Elle finit par identifier un endroit d’où des jeunes aidaient les femmes à sortir en grimpant sur le mur. « C’est une grosse femme qui s’était sacrifiée pour qu’on monte sur elle, vu qu’elle ne pouvait pas monter avec son poids », se rappelle Saran. Malheureusement pour Saran, quand son tour arrive, au moment où elle devait descendre à l’extérieur, « le jeune qui devait me tenir a reçu une balle dans la tête et je suis retombée de l’autre côté ».

Image d’archive

Arrivée à ce niveau du récit, elle s’arrête net. Son visage s’assombrit. Elle ne peut retenir ses larmes. De sa main droite, elle cherche un mouchoir pour s’essuyer le visage, mais n’en trouve pas. Elle finit par le faire avec sa paume. Quand elle reprend, elle révèle avoir subi un viol collectif.  Mais on sent qu’elle ne veut pas s’attarder dessus. Qu’elle ne peut pas donner des détails. Quand ses agresseurs en ont fini avec elle, elle réussira, avec l’aide d’un policier, à quitter les lieux. Mais au moment où elle devait rentrer chez elle, plus tard dans la soirée, elle a été de nouveau kidnappée par des militaires qui circulaient à bord d’un pick-up. « Quand ils en ont fini avec moi, je me suis retrouvée directement à Donka », lâche-t-elle tout juste.

Oumou Barry, elle, avait 50 ans à l’époque des faits. Dans la confusion qui a suivi après les premiers coups de feu à l’intérieur, elle était tombée dans un ravin et s’était évanouie. Quand elle a repris ses esprits, elle a rampé en direction de « la petite porte du stade » pour tenter de s’échapper. « Soudain, quelqu’un m’a soulevée, il a arraché ma chaine et ma montre. Un autre est venu me terrasser, je suis tombée par la nuque et il a abusé de moi ». Elle n’a eu la vie sauve qu’avec l’intervention d’un béret vert qui a lancé en direction de son agresseur : « On ne tape pas les vieilles ».

Images d’archive

Toutes ces victimes, au-delà de l’agression physique qu’elles ont subie au stade, se rappellent également les injures et les menaces qu’on leur a infligé à l’hôpital national Donka. Notamment par Dr. Fatou Siké Camara, à l’époque Directrice générale, et par l’ancien ministre de la Santé, le colonel Abdoulaye Chérif Diaby. Saran Cissé notamment se rappelle des coups de pied que le ministre donnait aux cartons de médicaments en menaçant quiconque en prendrait pour soigner les victimes. Quant à Dr. Fatou Siké, elle avait prétendu qu’il n’y a que 2 cas de viol. « Il a fallu qu’on fasse du tapage pour que Fatou Siké accepte de nous faire consulter et nous délivrer un certificat médical », révèle une autre victime.

Outre le viol, Oumou Barry avait eu l’omoplate déplacée. Ce que ce cliché radio permet de confirmer

Parmi ces survivantes, il y en a, selon Dr. Hawa Traoré, médecin auprès de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA), qui ont contracté des maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle et l’arthrose, et la plupart des maladies sexuellement transmissibles telles que l’hépatite et le VIH SIDA. « Parmi les femmes qui ont été battues, nous avons actuellement trois qui sont sur la liste des personnes à évacuer ». Si en 2019, elles ont bénéficié d’un budget sanitaire de 3 millions GNF dans le cadre d’un programme de réparation, elles vivent néanmoins dans une précarité telle qu’elles sont généralement dans l’incapacité de faire face aux coûts de leurs soins. « J’oriente les malades vers des spécialistes en fonction de leurs pathologies. Pour ce qui est du VIH par exemple, l’hôpital donne les ARV (anti retro viraux, ndlr) gratuitement, mais les maladies opportunistes sont prises en charge par les victimes. C’est valable pour les hypertendues qui doivent prendre des produits à vie », explique le médecin.

Me Amadou DS Bah

Il y a donc d’une part, des victimes et des séquelles indéniables. Et de l’autre, un seul présumé auteur. Présumé auteur qui lui-même crie au règlement de compte. Le paradoxe est tel que Me Amadou DS Bah, président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), par ailleurs avocat des parties civiles, n’est pas très optimiste. « Nous espérons que les témoins viendront dénoncer les auteurs de ces crimes, parce qu’au moment des faits, la plupart des femmes ne pouvaient pas reconnaitre leurs agresseurs, et ensuite tout a été mis en place par le régime d’alors pour étouffer et empêcher la recherche de ces bourreaux », indique-t-il. « En matière de crimes de masse, c’est une question de commandement. Donc, l’essentiel c’est de retrouver les responsables de ces unités, et les sanctionner s’ils sont reconnus coupables », avance pour sa part, Me Hamidou Barry, de la Coalition pour la Cour pénale internationale. Cet avocat qui défend également les victimes trouve même qu’il y a une dernière raison d’espérer : « Tout ce que le juge d’instruction n’a pas fait lors de l’instruction, la loi permet à ce que le juge audiencier le fasse. Et il y a ce qu’on appelle l’intime conviction du juge. Le juge peut condamner n’importe quelle personne s’il est convaincu qu’elle a commis l’infraction », énonce-t-il.

Me Hamidou Barry

Est-ce suffisant pour redonner espoir aux victimes ? L’avenir le dira !

Hawa Bah

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