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Réouverture des frontières ivoiriennes : pourquoi maintenant ?

De nouveau, la Côte d’Ivoire se reconnecte avec ses voisins immédiats. En effet, conformément à l’annonce faite hier par le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, les frontières terrestres du pays sont censées avoir été rouvertes depuis la nuit dernière, à minuit précisément. Cette annonce, si elle doit logiquement réjouir ceux qui, pour diverses raisons, font la navette entre la Côte d’Ivoire et les autres pays de la sous-région, elle offre également l’occasion de poser un certain nombre de questions. La première étant pourquoi le pays d’Alassane Ouattara rouvre si tardivement ses frontières, alors que la pandémie du Covid-19 ne justifiait plus depuis longtemps ce repli sur soi ? Qu’est-ce qui explique par ailleurs le choix de le faire maintenant précisément ? Faut-il notamment y voir une première conséquence de l’annonce de la fédération entre les trois pays en transition dans la sous-région ? Enfin, c’est surtout l’occasion de poser le débat sur la viabilité du projet d’intégration sous-régionale que l’on vante tant, alors même que chaque pays, pour les raisons qui lui chantent, peut s’autoriser à stopper net les échanges avec les voisins.

Une mesure qui n’avait plus aucun sens

L’annonce de la réouverture des frontières terrestres ivoiriennes n’a même plus de quoi réjouir, en réalité. Tant Abidjan a mis du temps à prendre cette décision. Au point que les populations qui étaient obligées de se rendre ou de sortir de la Côte d’Ivoire avaient trouvé leur solution à eux. Ils empruntaient en effet les voies détournées, quitte à se faire rançonner au passage par de petits passeurs cupides. Or, depuis trop longtemps, la fermeture de ces frontières n’avait plus sa raison d’être. Pratiquement tous les pays de la sous-région avaient déjà rouvert les leurs. En Guinée notamment, cela est intervenu dans certains cas bien avant la chute du président Alpha Condé, le 5 septembre 2021. Et quand la junte dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya est arrivée, elle a ordonné l’ouverture de toutes les frontières. Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire demeurait enfermée sur elle-même depuis mars 2020. Soit environ trois ans. Ce qui n’avait aucun sens.

La Fédération Guinée-Mali-Burkina fait-elle peur ?

Il importe néanmoins de s’interroger le moment choisi par Alassane Ouattara et le gouvernement pour rouvrir ces frontières. La décision obéit-elle à un agenda indépendant ? Peut-être bien. Mais il est toutefois difficile de ne pas voir un lien avec la perspective de fédération entre la Guinée, le Mali et la Côte d’Ivoire. Même si l’idée en tant que telle relève davantage d’une rengaine de circonstance que d’un projet bien mûri, il reste que les trois pays peuvent s’engager dans une logique de renforcement de leurs relations stratégiques. D’ailleurs, à l’issue du dernier sommet que les ministres des Affaires étrangères des trois pays ont eu à Ougadougou, ils avaient retenu le principe du « développement du commerce et des transports, depuis le port de Conakry jusqu’au Burkina Faso, en passant par le Mali ». Il se trouve qu’une dynamisation de l’axe Conakry-Bamako-Ouagadougou serait au détriment d’Abidjan et aussi de Dakar. La menace, quoique lointaine, ferait-elle peur aux autorités ivoiriennes au point de les sortir de leur zone de confort ? Ce n’est pas exclu.

Et l’intégration sous-régionale ?

Enfin, la question de la gestion des frontières dans la zone ouest-africaine, la CEDEAO doit s’en saisir. Parce qu’elle est un frein à l’intégration à laquelle l’organisation est pourtant dédiée. Dans l’espace sous-régional, la question des frontières dépend encore trop fortement des humeurs des uns et des autres. On se souvient en effet des dommages que le Nigéria avait occasionnés chez des acteurs économiques béninois quand, en 2019, il a décidé de la fermeture unilatérale des frontières avec ses voisins. L’on garde également en mémoire la même attitude qu’avait adoptée Alpha Condé, à la veille de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Soupçonnant ses opposants de se servir du Sénégal, de la Guinée Bissau ou de la Sierra Léone, pour ébranler son régime, fragilisé par sa quête effrénée du troisième mandat, il avait là aussi décidé unilatéralement de la fermeture des frontières avec ces pays voisins. Or, dans chacun de ces cas, la CEDEAO est restée inaudible et notoirement inefficace. C’est inacceptable. D’autant qu’on parle désormais de la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF). Quand on n’a pas été capable de garantir la circulation des personnes et des biens dans une seule région, comment peut-on espérer la réussir au niveau continental ? Il serait temps que l’on se réveille et que l’on sorte du registre des seules bonnes intentions !

Boubacar Sanso Barry

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