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Transition guinéenne: incompréhension partout, réflexion nulle part.

Les habitudes ont la peau épaisse, a-t-on coutume de dire. Dans l’interminable débat sur la conduite de la transition guinéenne, chaque camp joue sa partition dans le mensonge le plus absolu et sans sincérité aucune. On se croirait dans une cour de récré où tous les coups sont permis.

Entre une junte sûre d’elle qui fait dans l’arrogance la plus absolue, et une classe politique qui a complètement perdu pieds, les Guinéens se trouvent dans l’expectative, dans le flou concernant leur avenir, leur devenir et ce, dans une vie qui devient de plus en plus misérable. Un tour aujourd’hui dans les marchés et les quartiers suffit pour se rendre compte de l’état de pauvreté dans le pays. Chacun grouillant à la recherche de quoi survivre.

Une transition conduite dans l’opacité totale et un espace de liberté de plus en plus restreint.

On se souvent du soir du 05 septembre, les militaires promettaient une Guinée où il ferait bon vivre, où la justice et la liberté se disputeraient les premiers rôles. Plus d’un an après, les promesses ne sont toujours pas à la hauteur de l’enthousiasme suscité dans le pays. La période de grâce qui unissait la junte aux Guinéens est manifestement révolue et les manifestations sont sévèrement réprimées, les libertés publiques réduites à leur plus petite expression. Autant de choses qui font craindre aux Guinéens, des lendemains qui déchantent.

Le colonel Doumbouya ne fait plus l’unanimité. Lui qui promettait d’en finir avec la gestion solitaire et la personnalisation du pouvoir, gère aujourd’hui le pays de façon autoritaire et unilatérale avec son cercle restreint de fidèles.

Le dialogue politique qui doit être l’essence même d’une transition apaisée est absente ou du moins est mené de façon sélective, en n’écoutant que les gens qui ont les mêmes visions de la transition. Alors qu’un dialogue est censé rapprocher les points de vue et de dérouler une feuille de route commune qui aboutirait à un retour à l’ordre constitutionnel.

En lieu et place de la voie de l’inclusion, la junte fait le choix de l’épreuve de force. On procède à des arrestations et des emprisonnements arbitraires pour les uns, et à l’exil forcé pour les autres. L’interdiction systématique des manifestations sous prétexte que celles-ci pourraient « compromettre la quiétude sociale et l’exécution des activités contenues dans le chronogramme », vient encore obscurcir le tableau. D’autant plus qu’aucune action allant dans le sens d’un retour à l’ordre constitutionnel n’est entreprise jusqu’ici.

Une classe politique divisée et en totale perte de vitesse.

Que de dire de l’attitude de la classe politique guinéenne depuis le début de la transition ?

Il est vrai que les transitions politiques sont des périodes ambiguës qui affectent l’ensemble des rapports sociopolitiques. La transition bouleverse, sous l’effet des mobilisations, les rapports habituellement en vigueur entre les acteurs sociopolitiques selon la théorie des conjonctures fluides du politologue Michel Dobry.

Pour autant, ce qui devrait caractériser cette période d’instabilité politique, c’est la volonté des acteurs notamment politiques de regarder dans la même direction et de bâtir un socle qui aboutirait in fine à la stabilité institutionnelle.

La classe politique guinéenne est complètement cloisonnée aujourd’hui pour ne pas dire diviser en mille morceaux. Ce qui fait d’ailleurs les affaires de la junte et c’est un ressort sur lequel elle joue sans scrupule. Il n’y a qu’à voir les élucubrations de certains leaders politiques, ils sauront se reconnaître, pour s’en rendre compte.

Les uns pensent que c’est dans l’élimination des acteurs pas très accommodants que se trouve leur salut. Pour les autres, c’est en se mirant en partenaire de la junte, approuver toutes ses actions, même celles qui ne rentrent pas dans l’orthodoxie d’une transition politique, qu’ils bâtissent leur stratégie de conquête du pouvoir.

À mon avis c’est une erreur stratégique. Certes, l’ensemble des acteurs de la transition doivent œuvrer dans une logique d’interdépendance, dans le cadre d’un espace de communication permanent et sincère, mais les victimes d’une transition qui se prolonge dans le temps sont les acteurs politiques qui concourent à l’expression du suffrage démocratique.

Il y’a pas de valeurs qui doivent être supérieurs à d’autres dans un État. Celles qui concourent à préserver le système démocratique et républicain doivent être au-dessus des intérêts catégoriels.

Face à la crise guinéenne, les acteurs sociopolitiques sont comme tétanisés aujourd’hui par une junte aux méthodes brutales et chacun des camps se retrouve dans l’incapacité de proposer une voie qui ouvrirait des lendemains meilleurs aux Guinéens qui, il faut le dire, sont aujourd’hui déboussolés.

Par Alexandre Naïny BERETE, analyste

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