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Africa Forward à Nairobi : Mamadou Oury Diallo décrypte la nouvelle stratégie africaine de la France

À l’heure où la France tente de redéfinir sa relation avec le continent africain à travers le sommet « Africa Forward » organisé à Nairobi, les débats sur l’avenir du partenariat franco-africain refont surface. Entre rupture avec les anciennes pratiques, ambitions économiques et attentes d’une jeunesse africaine de plus en plus exigeante, les enjeux sont nombreux. Dans cette interview, Mamadou Oury Diallo, acteur de la vie politique guinéenne et africaine, analyse les nouvelles orientations diplomatiques de Paris, les promesses du président Emmanuel Macron et les véritables défis d’une coopération appelée à se réinventer.

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Ledjely.com : Le sommet Africa Forward, qui se veut un reflet de la nouvelle politique africaine de la France, a commencé ce lundi 11 mai à Nairobi. Qu’en pensez-vous ?

Mamadou Oury Diallo : Je pense que le sommet Africa Forward est le prolongement du nouveau sommet Afrique-France tenu à Montpellier le 8 octobre 2021, à partir duquel le président Emmanuel Macron a opéré une tabula rasa de ce qu’avait toujours été l’ancienne posture condescendante et néocolonialiste de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies devenues, depuis, des partenaires politiques et économiques.

En somme, ce sommet visait à changer les paradigmes des relations France-Afrique et à poser les bases d’une nouvelle méthode, celle d’un avenir choisi et co-construit. Des entrepreneurs, des acteurs de la société civile et de jeunes acteurs politiques prenaient ainsi la place des chefs d’État africains qui étaient, depuis plusieurs décennies, les stars de l’ancien format.

Très bousculée dans son pré carré historique, la France veut aller, en particulier, tâter le terrain dans les pays anglophones. Est-ce à dire qu’elle choisit la rupture ou l’autocritique ?

Je crois simplement que la France, sous Macron, choisit non seulement de multiplier, mais aussi de diversifier sa coopération sur le continent africain.

À travers l’Organisation internationale de la Francophonie, la France priorisait une coopération basée sur l’usage de la même langue, le français, avant les intérêts économiques. Donc, en choisissant cette fois Nairobi, capitale du Kenya, un pays anglophone aussi grand géographiquement que fort économiquement sur le continent, la France démontre que les intérêts économiques n’ont ni pré carré ni langue.

Il suffit d’une convergence de vues sur la nécessité d’une coopération bilatérale gagnant-gagnant, contrairement à l’ancien schéma où la France donne ou prête à certains pays de l’Afrique francophone.

Outre la délocalisation géographique, le président Macron promet par ailleurs qu’en Afrique, la France privilégierait davantage l’économie et le business aux sujets politiques. Est-ce suffisant pour réconcilier la France avec la jeunesse africaine ?

Pourvu que ces promesses soient respectées après chaque sommet, avec à la clé un comité de suivi et de mise en œuvre des projets et programmes retenus lors du sommet. Ce qui m’amène à poser la question des engagements de Montpellier 2021.

Création du Fonds d’innovation pour la démocratie : soutenir les acteurs de la société civile, les médias et les initiatives citoyennes pour la démocratie en Afrique ;

Maison des Mondes africains et des diasporas : création d’un lieu à Paris pour promouvoir la création, la culture et les échanges avec les diasporas ;

Programme « Campus Nomade » : développement de la mobilité étudiante et de la recherche, inspiré du modèle Erasmus ;

Renouvellement des partenariats : focus sur l’entrepreneuriat, l’innovation, la culture et la recherche plutôt que sur la seule aide au développement traditionnelle ;

Reconsidération de la présence militaire : début d’une transformation de l’approche sécuritaire, avec une réduction des effectifs et une coopération plus ciblée, un processus qui se poursuit ;

Dialogue direct : refus de l’intermédiation politique traditionnelle pour favoriser un débat direct entre Emmanuel Macron et les acteurs de terrain, notamment les jeunes.

Aujourd’hui, la jeunesse africaine attend surtout des actes concrets. Les annonces et les promesses doivent désormais être suivies d’effets visibles sur le terrain.

Interview réalisée par N’Famoussa Siby 

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