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Niger : un camouflet en perspective pour la CEDEAO

Une nouvelle fois, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) se révélera-t-elle inefficace ? De nouveau, l’organisation sous-régionale va-t-elle perdre la face dans la gestion d’une crise ? Ces questions, on ne croyait pas qu’on en viendrait à se les poser après le sommet extraordinaire l’institution sous-régionale, du dimanche 30 juillet dernier. La fermeté et l’intransigeance que le président Bola Tinubu et ses homologues ont fait valoir ce jour-là à l’égard des auteurs du coup d’Etat, perpétré quatre jours plus tôt, contre le président Mohamed Bazoum, nous avaient incliné à espérer que c’en était fini de cette incapacité notoire de la CEDEAO. Mais vingt-quatre heures après l’expiration de l’ultimatum qui avait été accordé au général Tiani et à ses camarades, il convient d’admettre que la CEDEAO a perdu de sa sérénité. Alors qu’en face, la junte nigérienne gagne chaque jour en confiance, Bola Tinubu et les autres dirigeants sont de plus en plus gagnés par le doute et même par une certaine impuissance. Parce que les choses ne sont pas loin de leur échapper.

Le général Tiani, plutôt résilient

La pression ne retombe pas, mais le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), la junte nigérienne, fait le dos rond. On peut même dire que le général Tiani a jusqu’ici plutôt fait montre d’une formidable résistance. Cueilli à froid par les sanctions sévères et les menaces d’intervention militaire proférées par la CEDEAO le 30 juillet, il a su très rapidement réagir. Mettant à profit la grosse machine du M62, le mouvement de la société civile favorable au coup d’Etat, il a consacré la semaine passée à rallier la population à sa cause. Alors qu’au début, cette dernière était plutôt hésitante.

Logique autiste

Puisant dans le vivier du sentiment anti-français qui sévit dans la région comme une épidémie, il a su souder ses compatriotes à lui. En témoigne la manifestation de dimanche dernier dans l’enceinte du stade Seyni Kountché de Niamey. Conséquence de ce ralliement populaire, les putschistes ont progressivement engrangé de la confiance et de la sérénité. C’est ainsi qu’ils opposé à tous les émissaires déployés notamment par la CEDEAO un niet catégorique. Et rien n’indique qu’ils entendent renoncer à cette position rigide. En tout cas, le général Tiani n’a même pas souhaité rencontré la sous-secrétaire américaine, Victoria Nuland, qui a séjourné à Niamey hier lundi. La junte n’a pas non plus permis à la responsable américaine de rencontrer le président déchu, Mohamed Bazoum. Ce qui laisse croire que les putschistes, s’enfermant dans leur logique autiste, continuent de fermer la porte au dialogue.

La CEDEAO bloquée de tous les côtés

Dans ce contexte, peut-on espérer de meilleurs résultats de la part de la prochaine mission que la CEDEAO promet d’envoyer à Niamey ? Ce n’est pas certain. Et d’une certaine façon, ce sont les chances de sortir de la crise par le dialogue qui s’amincissent. Pourtant, la voie du dialogue, c’est ce que préconisent nombre d’observateurs et de pays. C’est le cas de l’Algérie, du Tchad et même du Senat nigérian. La CEDEAO pourrait donc se retrouver bloquée de tous les côtés. D’une part, elle ne voudra pas intervenir, en raison des nombreux obstacles dressés sur son chemin et des prévisions catastrophiques que l’on a entendues çà et là ces derniers jours. D’autre part, ce sont les putschistes nigériens qui, conscients que le pire est passé, s’évertuent à faire monter les enchères, en éconduisant systématiquement tous les émissaires dépêchés vers eux. Et il n’est pas exclu qu’au cours du sommet convoqué par l’organisation sous-régionale le jeudi prochain, les présidents de la CEDEAO décident de s’en tenir aux sanctions, avec l’espoir que celles-ci pourraient faire plier la junte. Ce qui s’apparenterait à un vœu pieux. Bien sûr, les sanctions draconiennes ne seront pas sans effet vis-à-vis de la junte. Mais ce serait illusoire de reposer tous les espoirs dessus. Parce qu’à l’instar de ce qu’a fait le Mali, le général Tiani et ses camarades, en agitant le nationalisme anti-français, peuvent bien récolter une résilience à toute épreuve de la part des populations nigériennes. Car désormais en Afrique francophone, la perspective de la défaite de la France surpasse le désir de réussite de soi-même. Mais surtout, pour la CEDEO se contenter des sanctions après avoir menacé d’intervenir à Niamey, cela serait synonyme d’une reculade qui donnerait de l’institution une image peu reluisante.

Boubacar Sanso Barry

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