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Hommage à Cheikh Anta Diop

Ce 29 décembre 2023, nous célébrons le 100ème anniversaire de la naissance de Cheikh Anta Diop, natif de Tiahitou, au Sénégal. Ce penseur éclectique, à la fois historien, philosophe et scientifique, s’est fait connaître par sa thèse « Nations nègres et culture », qui lui valut plein de critiques et d’inimitiés de la part de doctes savants européens se prétendants experts ou spécialistes de l’Égyptologie. La critique la plus acerbe vient de là où on l’attendait le moins, de la part du Martiniquais Jean Yoyotte, qui se posa en cerbère de la pensée unique occidentale, avec un argument imparable : « Cheikh Anta Diop est un ignare qui ne sait pas lire un seul hiéroglyphe » !

Depuis, Cheikh Anta Diop se fit connaître par ses multiples recherches en de nombreux domaines et, plus particulièrement, par son engagement en faveur du panafricanisme. C’est en mémoire de son immense talent et pour lui rendre hommage que l’Université de Dakar fut baptisé de son nom ([i]).

En rendant aujourd’hui hommage à Cheikh Anta Diop, ce qui nous intéresse ce sont ses réflexions sur l’économie africaine et le concept de « pôles (industriels) de développement » qu’il a décrits pour sortir le continent noir du sous-développement, dans le cadre du panafricanisme. Il en distinguait six, là où nous en retiendrons cinq, en les qualifiant de « bassins de médiation ».

Il s’agit du bassin de l’Atlas (de la Mauritanie à l’Égypte) ; du bassin de médiation du fleuve Niger, regroupant l’ensemble des pays de l’actuelle CDEAO ; du bassin de médiation de fleuve Congo; du bassin de médiation du Nil et du bassin de médiation du Zambèze.

Ces regroupements sont appelés « bassins de médiation » parce qu’ils sont à la fois des voies de circulation des hommes, des biens et des marchandises, mais aussi des espaces harmonisés et harmonieux d’échanges économiques et culturels.

Le bassin de médiation du fleuve Congo qui nous intéresse tout particulièrement, reproduit la géographie des territoires de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), telle que définie par l’ONU et regroupe les six États de la CEMAC et les quatre États des Grands lacs, mais une communauté qui ne constitue pas un espace politique.

Pour qu’il le devienne, il faudrait que la CEMAC se saborde et lui transfert ses institutions (Cour de justice, parlement panafricain, BEAC, BDEAC, etc.

L’idéal serait de militer en faveur d’une République fédérale d’ici à l’horizon 2027, selon la vision prophétique de Barthélémy Boganda ([ii]). Pour y arriver, il faudrait pour la CEMAC abandonner le franc CFA et adopter une monnaie commune – le PATA, divisé en centimes ou MIYA. Le Pata équivaudrait à un dollar américain par définition, et verrait son taux de change basé sur un panel de trois ressources agricoles (café, coton, bois) et six ressources minières (pétrole, manganèse, uranium, or, diamant et coltan). Il n’est pas le lieu ici de traiter dans le détail ces propositions.

Les critiques adressées à Cheikh Anta Diop traduisent un fait : la position centrale de la « conflictualité du monde » et de l’espèce humaine. Ce concept a été mis en exergue et en évidence par Charles W. Mills, dans son « Contrat racial » ([iii]).

Ceux qui dénoncent aujourd’hui le panafricanisme s’inscrivent dans cette logique d’assignation. Or le panafricanisme bien compris requiert des peuples noirs d’Afrique et de par le monde de vivre en harmonie, « sans être chef et sans être esclave », selon le bon mot de Yona Friedman ([iv]).

Dit autrement, le droit d’ingérence humanitaire ne doit pas s’appliquer dans un seul sens, il doit être réversible !

En effet, voir dix chefs d’États africains battre les pavés parisiens aux côtés du président François Hollande en criant « Je suis Charlie », devrait les encourager à défiler à Minneapolis contre l’assassinat de Georges Brown, mort étouffé sous le genou du policier blanc Patrick Chauvin, le si bien nommé.

Le courage qu’ils ont eu à Paris devrait les conduire à Gaza aux cris de « Je suis Palestinien ! », tout comme Antony Blinken s’est rendu à Tel-Aviv proclamer « Je me présente devant vous non seulement comme le secrétaire d’Etat américain, mais aussi comme juif»,( Le Monde du mardi 17 octobre 2023, page 2) ; ou Yann Braun-Pivet, présidente de l’assemblée nationale française, offrir son « soutien inconditionnel » à Israël ; ou encore le président national du CRIF affirmer « Je suis fier d’être français, républicain, juif et sioniste » (déclaration au dîner du Conseil des communautés juives du Val-de-Marne – CCJ94) !

On ne voit pas au nom de quel principe ce qui est permis aux uns serait interdit aux autres.

D’ailleurs, le plaidoyer de Didier Leschi, directeur général de l’office français de l’immigration et de l’intégration (Le Monde du jeudi 28 décembre 2023, page 21 : Les mesures de la loi « immigration » demeurent plus ouvertes que dans les principaux pays de l’Union européenne) nous dispensent désormais de croire aveuglément à la solidarité internationale ; nul ne nous attend les bras ouverts.

C’est pour prendre en compte cette conflictualité du monde, à la fois économique, politique et culturelle, qu’il nous paraît urgent de mettre en place un Observatoire mondial du panafricanisme (OMP) dont l’objectif vise à recenser, mesurer, appuyer et soutenir, les initiatives et actions qui permettront d’installer, d’ici à l’horizon 2027, le « panafricanisme in concreto » ([v]).

Cela apparaît d’autant plus urgent que, selon les prévisions scientifiques de géophysique, dans quelques 500 000 ans, la plaque arabique du continent africain se séparera de sa plaque nubienne, par l’action de multiples tremblements de terre (420 dénombrés dans la région du rift est-africain en septembre 2005) et l’expansion de la Mer Rouge et du golfe d’Aden ([vi]).

Prosper INDO

Économiste,

Consultant international, Chercheur associé au Centre d’Analyse et d’Études Stratégiques de Guinée

[i] On se rappellera que c’est depuis le grand amphithéâtre de cette institution, à quelques encablures de l’Île de Gorée d’où partirent des centaines de milliers d’africains en esclavage outre-Atlantique, que le président français Nicolas Sarkozy prononça sa grotesque phrase, désormais célèbre par sa vacuité, « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », comme un pied de nez à Cheikh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, …

[ii] Victor Bissengué & Prosper Indo : Barthélemy Boganda, Héritage et vision. L’Harmattan, Paris 2018, 194 p.

[iii] Charles W. Mills : « Le Contrat racial », Ed. Mémoire d’Encrier, 197 p.

[iv] Yona Friedman : « Comment vivre avec les autres sans être chef et sans être esclave ? », Edition de l’éclat, Paris 2016.

[v] L’une des premières actions à mener in concreto est de soutenir Mme Gray, présidente de l’Université de Harvard (Pennsylvanie), accusée aujourd’hui de plagiat, après avoir été vilipendée hier pour ne pas avoir condamné explicitement le Hamas et pris fait et cause en faveur d’Israël, raisons avancées par ses imprécateurs pour obtenir son licenciement !

[vi] Eva Leray : « Une énorme faille se creuse en Afrique, annonçant la formation d’un nouvel océan plus vite que prévu », in Ouest-France.fr.

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